Installation des animateurs de communauté : enjeux, méthodes et résistances


Par Jean-Christophe Dupuis-Rémond, journaliste et Community Manager à France3 Lorraine

Le contexte et les enjeux
Contexte national :
Arrivée d’une nouvelle équipe à la tête de France Télévisions avec la nomination par Rémy Pflimlin de Bruno Patino à la direction du pôle numérique. Objectif : développement de l’offre numérique de France Télévisions. « Il faut proposer une offre sur tous les écrans, en direct et en continu, en les déclinant et en les adaptant à tous les supports comme l’Iphone et l’Ipad mais aussi les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook » : Rémy Pflimlin.


Jusque-là, (équipe De Carolis) prise en compte à tâtons du numérique sans véritable stratégie à moyen ou long termes en faisant travailler les salariés mais sans les associer en phase pré-opérationnelle d’où déception et frustration.
Aujourd’hui beaucoup d’espoir pour tous ceux qui ont un pied dans le numérique, beaucoup d’inquiétude pour une partie des autres salariés, journalistes et techniciens. Interrogations notamment sur les passerelles entre métiers pour lesquelles les syndicats veulent avoir leur mot à dire afin que le chemin soit balisé et clair.

Contexte régional :
Même engouement et mêmes inquiétudes. Pour la cinquantaine de journalistes de France 3 Lorraine, nous sommes en phase d’attente. Mais une attente pro-active. Jusqu’à présent, depuis un an, un poste de journaliste internet existait au sein de la rédaction. Occupé au jour le jour par une demi-douzaine de journalistes formé à l’utilisation du back-office régional (identique dans chaque région et dont la home est partagé chez nous par Lorraine et Champagne-Ardenne pour quelques semaines encore). Pas de règles de fonctionnement. Au mieux, publication chaque jour de 3 à 4 fiches info avec texte et vidéo et parfois un ou plusieurs liens hypertextes. Parfois une fiche par jour. Incompréhension de l’usage de ce fil info en internet. Peu d’intérêt de la part des internautes : très peu de visites et de pages vues (12ème région sur 14).
Dans le même temps certains journalistes face au développement des réseaux sociaux et à leur pratique personnelle (blog politique depuis 6 ans et twitter depuis 3 ans pour moi, Facebook pour les autres / Thierry Gelhaye, Hélène Messang) lancent le Facebook de la rédaction e France 3 Lorraine. Mais il est peu alimenté, aucune charte n’en régissant l’usage

Changement en août 2010 : je suis chargé d’évaluer la situation de notre site internet et notre présence sur les réseaux sociaux. Je lance pendant 10 jours -via notre Facebook (devenu un page Fan officielle) et le compte Twitter F3Lorraine que je crée- un sondage auprès des internautes lorrains afin de leur demander ce qu’ils attendent de notre site et de notre présence sur le web.
A l’issue de ces 3 semaines de missions, je propose un certain nombre de préconisation avec une feuille de route et suis missionné pour développer notre présence internet : réseaux sociaux (en priorité Facebook et Twitter), alimentation du fil info internet en m’appuyant sur les publications de mes collègues volontaires pour mettre en ligne leurs reportages (mais peu sont formés au back office qui de plus évolue régulièrement), création de passerelles web-premium (et premium-web), développement d’une interactivité permettant à terme d’identifier des groupes cibles et des leaders d’opinions.
A cela s’ajoute des formations internes à assurer : comment effectuer une veille sur réseaux sociaux, usage du back-office ftv (Salma + Cappuccino), etc.
Enfin j’assure également des reportages évènementiels : par tchat (cf régionales 2010) ou coveritlive en direct sur notre site internet. Et je prépare des échéances dont la couverture sera assurée en parallèle sur le premium et le web : Open de Moselle de Tennis, Festival Film fantastique Gérardmer ou Lorraine mondial Air Ballons.

Les résistances :
Je ressens plus de l’intérêt que du désintérêt de la part des internautes et l’interactivité via Facebook et Twitter fonctionne (photos neige, photos, St-Nicolas) ou pas (places gratuites offertes à Metz pour le Salon des antiquaires mais personnes n’est venu en chercher).

Les résistances sont réelles au sein de la rédaction. Sans que je puisse aller au fond des choses, j’ai le sentiment qu’il y a à la fois la crainte de ne pas savoir faire et d’être un perdu face à cette activité internet. Plus de la procrastination que du réel désintérêt selon moi. Mais il y a sans doute pour certains l’idée d’une surcharge de travail non souhaitée ou encore d’une dévalorisation du travail par une mise à disposition internet moins digne qu’une diffusion premium. Sur ce point nous expérimentons actuellement à Nancy une série de procédé pour diffuser à terme nos vidéos en HD et dans un format compatible multiplateformes. Par exemple toutes les vidéos de notre futur site dédié au festival du film fantastique de Gérardmer devraient être lisibles sur iPhone et iPad

Les enjeux :
Il y en a 2 :
– limiter la perte de notre public premium traditionnel en lui proposant via internet de voir ou revoir son journal local et régional, les principaux reportages, éventuellement des bonus.
– Capter un autre public pour l’attirer dans la sphère France Télévisions en interagissant avec lui afin d’assurer un relais de la marque tout en lui proposant des ressources identifiées comme sures, pertinentes et abordables, puisque ciblées France 3 Lorraine et signées par des journalistes..

La méthode :
Une présence importante sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter) avec un teasing quotidien des travaux journalistiques et des échanges avec les internautes (donnez-nous votre avis, c’est vous qui le dites, envoyez-nous vos photos)

Une mise à jour quotidienne du site a minima et souvent 3 à 4 fois dans la journée : « Venez, vous trouverez toujours du neuf »

L’accent mis sur l’info-service (période des grèves, période hivernale : info-routes + info-transport de 6h à 22h)
Renvois par les présentateurs des JT vers le site internet (C’est vous qui le dites) et renvoi du site vers le premium : annonce (et parfois photos) des invités des JT, annonce des sujets, des directs, des opérations spéciales, diffusion de diaporama de photos d’internautes (neige, St-Nicolas) envoyées pour le site.

Info exclusives web : publication de reportages et d’images importantes sur le site avant la diffusion Premium.


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.