Le Conseil supérieur de l’audiovisuel se ridiculise


En deux décisions successives du 17 & 27 mai, le Conseil supérieur de l’Audiovisuel vient de se ringardiser définitivement. Occupé à réaffirmer ses prérogatives, il vient d’offrir aux yeux du monde la preuve de son incapacité intellectuelle à comprendre le nouvel écosystème de l’information. A propos de l’affaire DSK, il a cru bon de rappeler à la prudence les chaînes de télévision françaises qui ont osé diffuser les images venues des Etats-Unis montrant cet auteur présumé d’un crime sexuel sortant menotté dans le dos, d’un commissariat. « Le Conseil rappelle en particulier que la loi du 15 juin 2000 renforçant la protection de la présomption d’innocence et les droits des victimes punit d’une amende la diffusion, sur tout support, d’une image faisant apparaître menottée ou entravée une personne, quelle qu’elle soit, qui n’a pas fait l’objet d’une condamnation ».

Le CSA ne s’est donc pas rendu compte que l’information s’est mondialisée. Comment imaginer une seule seconde que les chaînes françaises seraient les seules au monde à ne pas diffuser ces images, alors qu’elles sont accessibles en direct sur les chaînes satellitaires étrangères et sur l’Internet ? Loin de s’honorer de respecter une loi pensée pour la justice française, en ne diffusant pas ces images, les chaînes françaises passeraient pour celles qui protègent de façon douteuse et injustifiable l’image d’un homme politique français puissant.

Mais le CSA s’est surpassé ce 27 mai, le rappel à l’ordre sur les réseaux sociaux étant encore plus absurde. Avec un argumentaire qui honore les lois de l’hypocrisie, il ne voit pas malice à renvoyer les auditeurs ou téléspectateurs aux comptes sur réseaux sociaux des diffuseurs, à condition de ne pas citer de nom, « alors que le renvoi vers ces pages en nommant les réseaux sociaux concernés revêt un caractère publicitaire qui contrevient aux dispositions de l’article 9 du décret du 27 mars 1992 prohibant la publicité clandestine ». Le CSA a du rater que Facebook ou Twitter, notamment, ne sont plus depuis longtemps déjà des marques mais des médias à part entière qui diffusent chaque jour des millions de messages et qui sont utilisés comme instrument d’information et de dissémination par des millions de gens, de part le monde. Or ces réseaux ont un nom, comme les titres de presse auxquels les journalistes renvoient quand ils citent une source de publication d’une information nouvelle. Le CSA est grotesque et pathétique dans son argumentaire. L’information est mondialisée et sa régulation nationale aux petites frontières rabougries n’a plus beaucoup de sens. L’information se diffuse sur des réseaux sociaux et croire que ces entreprises ne sont que des marques là où elles sont devenues un phénomène social incontournable révèle une étroitesse de vue incompréhensible. On attend avec impatience les futures prises de position de cet organisme discrédité concernant la convergence télévision-Internet, il y aura sans doute de quoi rire ou pleurer.

Arnaud Mercier

 


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Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.