Live journalisme: « Les internautes viennent vivre l’évènement en temps réel »


Aline Leclerc, journaliste au Monde.fr et spécialiste du live journalisme, revient sur cette nouvelle pratique qui bouleverse les méthodes journalistiques et le rapport entre les lecteurs et les rédacteurs.

Aline Leclerc nous parle du livejournalisme au monde.fr

Pourquoi vous êtes-vous spécialisée dans le web ?
J’ai choisi le web pour la polyvalence du média, que ce soit pour ajouter du son, de la photographie, des vidéos ou en mettant des liens vers des contenus. C’est cette polyvalence qui m’a incitée à rejoindre LeMonde.fr. On est dans l’obligation de rester très proche de l’actualité. J’ai été également séduite par la réflexion permanente que l’on peut avoir sur notre travail.

La pratique du live journalisme est récente, que pensez-vous qu’elle apporte ?
Avec le web, et par la suite le live journalisme, nous avons un rapport de proximité direct qui s’installe avec les lecteurs. Maintenant, on a un retour sur notre travail avec le dialogue qui se construit avec eux. Cela m’oblige à me poser des questions, notamment sur les propos utilisés lors d’articles ou lives.
C’est également un moyen plus adapté pour traiter les actualités les plus importantes. Le live est maintenant adopté au Monde.fr. Nous avons fait évoluer nos pratiques tout en gardant avant tout l’intérêt journalistique au centre de nos préoccupations.


Live du Monde.fr

Quels outils utilisez-vous au Monde.fr pour le live journalisme ?
On utilise l’outil Cover It Live, avec une prestation sur un site Internet. Nous avons une personne qui travaille uniquement sur le live pour l’alimenter lorsque nous en mettons un en route. Avant, on avait un outil de chat, qu’on a modifié et incorporé au live pour le réutiliser. C’est comme pour le traitement d’un article qu’on réactualise constamment, « un minute par minute ».

Quelle relation s’installe avec les internautes lors des lives ?

Aline Leclerc, journaliste au Monde.fr

Nos internautes viennent pour ressentir l’atmosphère. Il y a une évolution, un changement de pratique de la part du public. Le live est un moyen beaucoup plus attractif pour faire vivre l’actualité en temps réel.
Je pense qu’on « éduque » nos lecteurs. À la base, les internautes pouvaient commenter mais cela devient très vite polluant dans un chat.

Maintenant, les personnes nous envoient des informations complémentaires, comme lors des grèves ou des blocages de facultés. Ils deviennent dorénavant une source supplémentaire d’actualité. Un exemple : lors des primaires socialistes, on a pratiquement fait un article grâce aux informations données par les internautes. Le live du premier débat des primaires socialistes a été suivi par plus de 60 000 visiteurs cumulés. Enfin pour l’affaire DSK, en deux jours, presque 2,5 millions de personnes ont consulté le live. On a reçu beaucoup de questions sur l’immunité. Cette problématique ne nous serait pas venue immédiatement à l’esprit.

Quelles sont les contraintes liées à cette pratique ?
Elles sont d’abord techniques, le web est un tas de techniques différentes. On passe notre temps sur les codes embed. Il y en a aussi sur un plan déontologique. Il faut faire attention aux témoignages des personnes et à la vérification des sources. Comme pour tout journaliste, il faut prendre un certain recul. Même dans la rapidité, il faut savoir prendre le temps de vérifier les informations. Le live ne se soustrait pas aux règles appliquées aux journalistes.

Avez-vous déjà des idées de live à venir ?
On réfléchit actuellement à un traitement pour les élections présidentielles de 2012. Les primaires citoyennes du Parti socialiste ont été un avant-goût. En termes d’audience, les différents lives ont bien marché. On pensait éventuellement à faire des tweet live depuis les meetings des candidats. On est encore en rodage.

Interview réalisée par Sonia Vosgin et Luc Gallais


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.