La PQR peine à s’adapter au numérique


Lors des deuxièmes entretiens du webjournalisme à Metz, la table ronde numéro 3 abordait l’adaptation des médias locaux à Internet. L’occasion de pointer du doigt un retard conséquent…

« On l’avait prévu , et maintenant la maison brûle! », Erwann Gaucher, journaliste et consultant, attaque fort lorsqu’il évoque l’adaptation de la Presse Quotidienne Régionale à l’ère numérique. Multiplication des supports mobiles (smartphone, tablettes numériques), développement des contenus audiovisuels et des réseaux sociaux; les usages évoluent considérablement et la consommation d’information avec. Un défi de taille pour les médias locaux qui doivent combiner difficultés de financement avec réorganisation du personnel et des compétences. Pour en aborder les enjeux, journalistes, chefs de services et chercheurs se sont réunis pour revenir sur l’évolution de l’adaptation de la PQR.

«Au début, on se contentait de faire une simple transposition du journal sur le site internet », confie Antoine de Tarle, Ouest france. Aujourd’hui, avec le web, un journaliste a la possibilité de faire de la vidéo, du son, du texte, de la photo, être présent sur les réseaux sociaux,etc. Selon Pierre Chausse, Chef de service de Metrofrance.fr à Paris, plusieurs problèmes émergent alors : il faut d’abord convaincre les journalistes de l’intérêt du web pour eux, les former, leur apprendre le jargon, leur donner le temps, puis leur fournir les outils nécessaires (appareil photo, smartphone, formation, réseaux sociaux). Capitale, la formation des journalistes est pourtant une lacune accusée par la plupart des rédactions de PQR. Malgré une hétérogénéité des pratiques et des adaptations différentes, la plupart du temps, les journalistes font avec les moyens du bord pour être plus rapide, reconnaît David Flament, coordinateur des éditions du groupe Sudpresse.

Les nouvelles formes de consommation d’information et la mobilité imposent notamment une manière d’écrire différente pour chaque support, « il faut parler au gens selon leurs usages », explique Erwann Gaucher. A titre d’exemple, le consultant évoque les jeunes et leur consommation d’information. Si l’on souhaite toucher cette cible, il faut le faire selon son mode de consommation de l’information privilégié, à savoir le mobile ». Le service, quant à lui, représente une piste de développement importante pour la PQR, qui présente la caractéristique de proximité avec le public.

Irrégularité et hétérogénéité, les médias locaux peinent notamment à optimiser leur présence sur les réseaux sociaux. D’après l’étude présentée par Nathalie Pignard-Cheynel et Brigitte Sebbah (Obsweb), on constate une sous-utilisation des fonctionnalités couplée d’une absence de ligne éditoriale pour la plupart. Après discussion, les journalistes et chercheurs présents dénoncent une inculture numérique qui persiste dans les médias, qui pourrait être comblée par la formation des journalistes. Vaste défi pour la PQR donc que de s’adapter à l’ère numérique, elle qui jusque là favorisait l’utilité et la proximité, et qui doit désormais y ajouter instantanéité et interactivité.


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.