Un pied dans le futur, la tête dans le passé


L’arrivée du web dans les rédactions suscite maintes questions quant à la formation à proposer aux futurs journalistes. La quatrième table ronde des Entretiens du Webjournalisme organisés le 1er et le 2 décembre 2011 à Metz apporte des informations sur les attentes et les pratiques de ce nouvel outil par les étudiants en journalisme.

Le journalisme à l’ère numérique

L’arrivée du web bouleverse le monde journalistique depuis plusieurs années. Davantage utilisé par les plus jeunes, la logique voudrait que les futurs journalistes, encore en étude, s’attachent et convoitent les postes offerts dans les rédactions web. Or, l’étude « Les formations au journalisme et le professionnalisme sur le Web », conduite dans deux écoles de journalisme en Europe, constate que la majorité des étudiants souhaitent travailler dans des médias traditionnels tels que la presse écrite et la radio. La sécurité financière en est la principale raison, suivie de près par la vision du métier, façonnée depuis des années par l’opinion générale.

Internet est pourtant à 42% le média privilégié par les étudiants, devant la radio (22%) et la presse écrite (21%). Un paradoxe explicable par le manque de formation web dans les écoles de journalisme françaises et européennes. Ce type d’enseignement suscite l’appréhension et parfois même la critique des professeurs. Christian Garitte, président de la Commission nationale paritaire de l’emploi des journalistes (CPNEJ), rappelle que les techniques de mise en page étaient à l’époque une avancée technologique. Aujourd’hui, elles sont devenues communes pour les journalistes. Christian Garitte fonde le même espoir actuellement : « on va y arriver avec le web ». Mirela Lazar de l’Université de Bucarest, ajoute que « la technologie change, pas les bases du journalisme ».

Journalisme en ligne accrédité
L’aspect du webjournalisme n’est pas ce qui rebute les étudiants. La partie de l’étude « Tous journalistes ? », consacrée à la perception de l’auto-publication par les futurs journalistes, révèle que ces derniers considèrent les journalistes amateurs comme de possibles sources d’information et comme des collaborateurs. Ils accordent également de la crédibilité aux blogs et aux sites Nés en ligne (NEL). L’attrait de ce type de journalisme s’explique par la sensation de liberté d’expression, par l’absence de formats types mais également par la gratuité de l’information.

Philippe Amez-Droz de l’Université de Genève constate un autre paradoxe : « ces étudiants accordent de l’importance à ces sites mais refusent d’y participer ». Un tiers d’entre eux ne s’est jamais exprimé dans un cadre journalistique sur le web. Parmi ces futurs journalistes, 85% ne tiennent pas de blog porté sur l’actualité et 15% le font de manière irrégulière.

Vivement critiqué à ses débuts, la pratique du journalisme en ligne se multiplie au fur et à mesure dans les rédactions et est mieux acceptée. Objet de liberté pour beaucoup, son formatage est en marche pour certains.

Aymée DAUBIGNY


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.