Le journalisme nouveau est arrivé


La deuxième édition des entretiens du webjournalisme a débuté avec une table ronde portant sur les nouveaux outils et les nouvelles pratiques du journalisme. Table ronde d’ouverture de ces 2e entretiens du Webjournalisme, le thème donne le ton des débats de cette année à l’Amphi Arendt. Les experts de ce domaine sont bien là.

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La place des nouvelles technologies dans les rédactions est de plus en plus importante. Les journalistes n’ont pas tous le même rapport avec les nouvelles réalités. Grégoire Lemarchand, journaliste à l’AFP, nous parle de celui de l’agencier face aux nouveaux outils. Twitter est devenu incontournable pour la plupart des médias et l’agencier s’est adapté à cette réalité selon lui : « Avant quand un agencier sortait d’une conférence de presse, il allait informer les autres journalistes, aujourd’hui, toutes les informations d’une conférence sont sur twitter dès qu’elle est terminée». Mais Grégoire Lemarchand ne manque pas de souligner l’importance du travail éditorial du journaliste, en parallèle des réseaux sociaux : « La hiérarchisation et la contextualisation des informations est essentielle et c’est à l’agencier de donner une information sûre à 200% ».

Philippe Amez-Droz dresse quant à lui un tableau de la situation en Suisse. Les groupes privés se sont selon lui mieux adaptés aux nouvelles technologies. Il cite notamment l’exemple de Tamedia qui propose des informations en continu 24h/24h grâce à une délocalisation d’une partie de la rédaction du site 20min.ch à Singapour. À côté de cela, la presse quotidienne régionale helvétique peine à tirer son épingle du jeu. Les lecteurs suisses veulent une offre plus étendue et seuls les nouveaux outils semblent pouvoir y répondre. C’est peut-être ce qu’a compris Le Monde.fr qui a fait l’expérience du cover-it live lors du séisme qui a touché Haïti. « Cet outil est devenu incontournable lors d’un événement majeur » explique Aline Leclerc, journaliste à la rédaction du Monde.fr. « Il s’agissait pour nous de répondre au problème du traitement d’un événement à chaud », ajoute-t-elle. Les avantages de ce type d’outil sont nombreux. Elle explique que cela permet d’informer en temps réel sur un fait et que cela suscite également un intérêt dans le rapport entre les lecteurs et les journalistes : il y a une interaction. Selon Aline Leclerc, le succès est au rendez-vous à chaque cover-it live: « On nous a même remerciés pour notre travail, c’est assez rare pour être souligné ! ».

Caroline Goulard, Philippe Amez-Droz, Aline Leclerc et Vincent Florant.

La jeune journaliste cède sa place à Caroline Goulard, experte dans le domaine de la Data visualisation. Concrètement, cela correspond à un exercice journalistique basé sur l’exploitation de données. Leur usage brut n’a, en soi, aucune signification ou importance, mais quand elles sont visualisées de façon interactive, elles permettent de rendre le lecteur actif pour qu’il puisse trouver des réponses à ses questions. Elle explique que Google a lancé un concours demandant à développer une application web. Le problème des compétences se pose cependant, notamment concernant la formation. Les journalistes ne bénéficient pas des outils où ils sont formés et ne savent donc pas les utiliser lorsqu’ils en ont besoin dans leur travail. Plus tard, Antoine Msika prend la parole en fin de table ronde. Il est le créateur de l’application web Pearltree, désormais indispensable pour les accros du webjournalisme. Il permet une classification d’informations, données, liens hypertextes dans un arbre (« tree ») virtuel, composé de perles (« pearl »). On connecte les gens pour leur suggérer des contenus. La curation permet de préparer un sujet, le présenter et le suivre. Il peut aussi y avoir une interaction avec les lecteurs via des commentaires ou des perles. Les journalistes peuvent travailler ensemble sur les même pearltrees et ainsi construire un base de donnée commune.

Dernier intervenant de cette table ronde, Vincent Florant, l’un des pères de l’appli de Libération sur iPad et tablettes. Il revendique que son application était novatrice pour les journaux en ligne. Dans le public, certains rigolent et ne sont pas d’accord. Pendant une vingtaine de minutes, il détaille les spécificités de cette application face à un écran de présentation digne des présentations d’Apple. La première table ronde s’apprête à laisser la place à d’autres discussions autour des nouvelles technologies. Il est midi, c’est la pause, tout le monde repart avec sa tablette à la main.

Jules Rigobert & Anthony Rivat


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.