Eric Scherer : « Tout le monde devient un média aujourd’hui »


Eric Scherer, directeur de la prospective web à France Télévisions, inaugure les 3èmes Entretiens du webjournalisme sur le thème « Médias, journalistes et innovation ». Pour lui, les journalistes doivent accepter les changements de la profession et suivre les tendances de la société dans la fabrication et la transmission de l’information.

Les journalistes d’aujourd’hui sont confrontés à deux bouleversements majeurs. D’abord, le journaliste n’a plus le monopole de la diffusion de l’information. Le public devient un média et tente de « court-circuiter » le médiateur, il est en mesure d’accomplir la mission du journaliste. Ensuite, le public ne s’informe plus comme avant, les supports changent : « La tablette va devenir le premier écran. Devant les ordinateurs, et même devant la télévision chez les jeunes ».

Beaucoup de journalistes traditionnels sont réticents : « Le fait que les gens s’informent différemment n’est pas forcément pris en compte par notre métier ». Ils refusent que d’autres puissent être capables de couvrir, commenter et analyser les actualités. Pour Eric Scherer, le problème est souvent d’origine culturelle : « On est face à une génération qui n’est plus la même. Tout le monde devient un média aujourd’hui. » Il insiste sur ce point : « Aucune rédaction n’a les moyens de concurrencer les millions de portables qui sont dans la nature. » Twitter, par exemple, est une agence de presse gratuite, mondiale, en temps réel, personnalisée. « C’est là où aujourd’hui les breaking news sortent ».

« On va vers une société de plus en plus immergée dans l’information »

Désormais, la sphère politique et économique s’est approprié ces outils numériques. Barack Obama parle beaucoup aux Américains sans passer par les canaux traditionnels comme la télévision ou la radio. Le 6 novembre dernier, ce n’est pas la presse qui a annoncé la victoire d’Obama, mais bien le président lui-même.

Pour Eric Scherer, ces mutations sont surtout des opportunités. « On va vers une société de plus en plus immergée dans l’information. On va vivre tout au long de la vie dans cette culture de l’écran ».

Il y a, chez les journalistes, une « zone de confort » qui consiste à continuer à faire comme avant. Et puis il y a le « nouveau monde » dans lequel il faut mettre un pied. Cela passe par trois mots-clés : « smart, mobile et social ». Etre « smart » signifie amener de la valeur ajoutée à ce que l’on crée et guider le public. Internet est une masse d’informations absolument inouïe. Le journaliste doit réduire le « bruit » d’Internet, aussi appelé « l’infobésité ». Il doit aussi être « mobile », s’ouvrir aux technologies pour créer plus de liens avec la société. Enfin, « social » : converser avec l’audience est une des nouvelles manières de faire du journalisme aujourd’hui. « L’ère du journaliste seul sur son piédestal est heureusement finie. Il faut engager le public, interagir et animer les débats de société. »

Le powerpoint d’Eric Scherer lors de sa conférence inaugurale
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A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.