France – USA : une innovation journalistique différente


Sylvain Parasie, sociologue, maître de conférences à l’Université Paris Est et chercheur au LATTS, a eu l’occasion d’enquêter sur le datajournalisme auprès du Chicago Tribune et du Center for Investigative Reporting. Il soutient particulièrement l’utilité de s’inspirer du modèle américain dans ce domaine. En outre, la comparaison entre les Etats-Unis et la France en matière de nouvelle technologie au sein des rédactions est saisissante.

Aux Etats-Unis, le datajournalisme apparaît à la fin des années soixante grâce aux recherches en sciences sociales. « La pratique du datajournalisme aux USA consiste à modifier la circulation de l’information dans la rédaction, » souligne Sylvain Parasie. Selon lui, le datajournalisme américain peut tenir plusieurs « promesses » :

  1. Traiter de gros volumes de données
  2. Etre plus objectif
  3. Concevoir des produits durables
  4. Offrir une information personnalisée
  5. Changer le rapport des journalistes à leurs sources
  6. Transformer les organisations de presse

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« Contrairement à l’image qu’on a de la datavisualisation, la pratique aux Etats-Unis ne correspond pas qu’à faire joli. Elle sert à modifier la circulation de l’information dans la rédaction. C’est du journalisme, » précise Sylvain Parasie. Les données ne sont pas transparentes en elle-même, il faut un travail considérable pour leur donner du sens et c’est ce que permet la datavisualisation.

« En allant dans les rédactions aux USA, j’ai pris une claque »

gregoirelemarchandOutre-Atlantique, les médias essayent de lier au maximum la partie éditoriale avec les compétences techniques. Au New York Times et au Washington Post, le cœur de la rédaction c’est leur site internet. « Les gens qui font la homepage sont considérés comme les plus importants du journal, » précise Grégoire Lemarchand, journaliste chargé des réseaux sociaux à l’AFP, qui a eu l’occasion d’en faire l’expérience lors de son passage aux Etats-Unis. « En allant dans les rédactions aux USA, j’ai pris une claque. Elles se posent des questions que l’on ne se pose pas. » Les journalistes américains font preuve d’une grande rapidité à s’approprier les nouveaux outils. « Au niveau des réseaux sociaux, les journalistes en France n’innovent pas, » ajoute Grégoire Lemarchand. « En France, les agences de presse utilisent de façon marketing le web et non pas au niveau éditorial. » constate Sylvain Parasie.

Le plus grand défaut des médias français est certainement le fait de ne pas faire assez confiance aux jeunes. Sylvain Parasie condamne un manque de considération envers l’utilisation des nouvelles technologies. « Les vieux disent aux jeunes : c’est bien ton truc mais qu’est-ce qu’on peut en faire au niveau journalistique ? ». Au sein des rédactions américaines, c’est tout le contraire. La jeunesse représente l’avenir de l’information et l’Amérique en est bien consciente.

Pour en savoir plus :


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.