A chaque école son esprit novateur


Assises du journalisme obligent, les étudiants ont eux-aussi une table ronde qui leur est consacrée. Lors de la journée d’ouverture, le 5 novembre, apprentis journalistes et professionnels de quatre écoles exposeront chacun leur tour des travaux innovants. Tour d’horizon de ces jeunes projets, tous sur la toile !

Les étudiants en journalisme innovent.

Les étudiants en journalisme innovent.  //  Pierjean Poirot

Au CFJ, on prend le temps pour le quatre heures…

Ils sont un tantinet gourmands… en informations. Ces treize étudiants du CFJ apprécient le travail approfondi. Spécialisés en presse écrite et multimédia, ils ont créé le quatre heures, un des premiers médias en ligne de slow-info. « Nous ne traitons pas de l’actu quotidienne mais nous prenons le temps du reportage au long cours, de la rencontre intimiste, de l’enquête », explique Charles-Henry Groult, ancien étudiant de l’école parisienne et membre de la rédaction. Chaque mercredi, le site donne rendez-vous à ses lecteurs à 16 heures pour un nouveau « grand reportage », où textes, photos et vidéos s’entremêlent. « La lecture est fluide, en immersion et sans aucun clic ». Un récit que le site invite à déguster « confortablement installé, en plein écran ». Cette nouvelle mise en page de l’information nécessite l’usage des technologies les plus récentes du web. « Les sons et vidéos se déclenchent automatiquement, les blocs images se superposent en créant un effet de relief. Nous avons fait des choix radicaux qui tranchent avec la plupart des sites d’information », estime Charles-Henry Groult.

À l’IJBA, on voit « data »

Le data journalism, c’est la mise à disposition de données pour le public. Des chiffres travaillés, vérifiés, mis intelligemment en image pour que l’information soit claire. Une tendance novatrice pour le journalisme que l’IJBA enseigne à ses étudiants. Parmi eux, Mathieu Lehot et ses deux compères. En première année de master, le trio a eu deux semaines pour créer un « data-projet ». Au départ, ils sont partis d’une base de données brute sur les demandeurs du RSA, répartis par canton en Gironde. En retranscrivant les chiffres (proportionnellement à la population) sur une carte, le trio a constaté une forte concentration de précaires, de la pointe du Médoc jusqu’au sud-est du département. « Les chiffres sont devenus compréhensibles en image », raconte Mathieu Lehot. Ce couloir est parcouru de zones rurales et viticoles. Rapidement, les étudiants ont fait le rapprochement : les saisonniers sont nombreux à bénéficier du RSA. « Mais pour vérifier cette hypothèse, nous devions nous rendre sur le terrain », poursuit l’étudiant. Dans le Médoc, les apprentis journalistes ont rencontré plusieurs cueilleurs. Le constat est sans équivoque : « Faute de travailler suffisamment dans la durée, les saisonniers n’ont pas droit au chômage. Ils comptent alors sur le RSA pour pallier aux creux de l’année. » La troisième étape de leur reportage était de rendre compte visuellement et simplement ce constat. « C’est très innovant. On utilise des outils informatiques qui n’existaient pas hier. En journalisme, on apprend le poids des mots mais pas encore celui des chiffres. Il faut persévérer sur ce point là », pense Mathieu Lehot. « Il y a une chose sur laquelle on ne peut transiger : le terrain. L’essence même du journalisme. »

Du côté de l’EJDG, on est branché web-docs

À Grenoble, on utilise aussi la toile pour pratiquer le journalisme. Preuve que l’école est à la page, les étudiants doivent réaliser en groupe des web-documentaires, sur des sujets divers et variés. De nouvelles techniques journalistiques pour mettre en forme l’information. « Nous demandons aux étudiants de réfléchir à ces problématiques dès le choix de leurs angles. Chaque projet teste, essaye, innove et propose de nouvelles formes visuelles. Nous nous adaptons aux pratiques du web », assure Florent Bouchardeau, journaliste formateur à l’EJDG. Ce travail plurimédia incite les étudiants à utiliser, à bon escient, les nouveaux outils numériques pour traiter l’information. « L’identité de ces projets relève du ton employé, du graphisme, du parti-pris du travail en groupe et à long terme, décidé en amont par les étudiants. » Ces dernières années, les étudiants grenoblois ont fait preuve d’originalité pour aborder des sujets sensibles, comme le quartier de la Villeneuve (où avaient eu lieu des émeutes un an plutôt). On navigue sur le site comme si on se baladait dans les bâtiments du quartier : à chaque « étage » son point de vue sur la Villeneuve. « La navigation est chapitrée et fragmentée », détaille Florent Bouchardeau. « Ce projet a impulsé le tournant numérique de la formation. » L’innovation paye puisque ce web-dossier a été primé et publié sur lemonde.fr. Et il n’est pas le seul. « Chaque projet est diffusé en partenariat avec un site d’information. Ceci permet une responsabilisation des étudiants et une mise en condition professionnelle », conclut le formateur aux nouveaux médias.

À voir également : Cérébrolésé, Portraits de famille ou encore Sijetaispresident2012.
À venir en 2014 : deux nouveaux web-docs : un sur les municipales, l’autre sur la montée en division supérieure de l’équipe de foot de Grenoble.

<HTML> : langue enseignée à Sciences Po

On y pratique l’anglais et désormais le HTML. En première année de master, tous les étudiants reçoivent une initiation à cette langue émergente. « Pouvoir afficher dans un CV qu’on maîtrise le code, c’est aujourd’hui une nouvelle compétence requise dans le recrutement des jeunes journalistes », garantit Alice Antheaume, directrice adjointe de l’école de journalisme de Sciences Po Paris. Cet apprentissage fait la spécificité de l’établissement. Mais l’école propose également des cours « plus poussés » pour apprendre le PhP et le CSS aux étudiants spécialisés dans le web en deuxième année. « Avec ce cours de Contenus et code, on peut apprendre les bases de l’architecture d’un site web et ainsi créer nos propres projets (site de presse, infographies) en autonomie », précise Lucie Ronfaut, étudiante à Sciences Po Paris. Pour elle, les étudiants en journalisme sont encore timides face au web. Apprendre la technique en plus de la pratique est essentiel. « Il ne suffit plus de simplement maîtriser les réseaux sociaux et Google. Il faut apprendre à se salir un peu les mains et à regarder sous le capot », surenchérit l’étudiante. C’est ce projet novateur que la directrice adjointe et l’étudiante développeront autour de la table ronde. « Un outil formidable pour rendre notre information accessible au plus grand nombre. »

Pierjean Poirot


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.