Pilules de 3e et de 4e génération: les médias ont-ils pêché par excès de sensationnalisme ?


Isabelle Yoldjian, chef du pôle endocrinologie, gynécologie et urologie à la direction des médicaments de l’ANSM, et Elisabeth Zingg, journaliste pour l’AFP, reviennent sur les conséquences de l’emballement médiatique autour du scandale des pilules de 3ème et 4ème génération. Interview croisée. 

Crédit photo: Sarah C (CC)

Crédit photo: Sarah C (CC)

Docteure Yoldjian, vous considérez que la couverture de l’affaire s’est faite de façon plus sensationnaliste que factuelle. Qu’entendez-vous par cette affirmation ?

Déjà dans les titres, on parlait de scandale des pilules, d’alerte à la pilule…  Ces expressions, il ne faut pas s’en cacher, ont fait très peur aux femmes. Par ailleurs, peu de journalistes ont pris la peine de mettre les choses en perspective, notamment en comparant les risques de la pilule à ses bienfaits.

Elisabeth Zingg, êtes-vous d’accord avec ces affirmations ?

À l’AFP, on a fait les choses un peu différemment. Nos articles étaient relativement bien équilibrés, mais ils ont souvent été repris avec d’autres titres que ceux que nous avions soumis. Nos papiers ont aussi servi à alimenter d’autres articles au ton plus sensationnaliste. Mais il est important de rappeler qu’au moment où cette crise a éclaté, près de cinq millions de femmes consommaient des pilules de troisième ou de quatrième génération. Ces femmes, qui a priori n’étaient pas malades, ont donc appris par le biais des médias que leurs pilules présentaient des risques. Même si, dans l’absolu, ces risques sont mineurs, elles ont eu peur. À mon avis, c’est ce qui a fait monter la mayonnaise.

Peut-on intéresser le public à ces questions essentielles sans verser dans le sensationnalisme? Si oui comment ?

E. Z. : C’est très difficile, surtout en situation de crise. Quand l’histoire perdure, il est plus facile d’approfondir, d’apporter des nuances.

I. Y. : Comme l’a expliqué le journaliste Jean-Yves Nau lors de la table ronde, il faut bien sûr avoir une certaine empathie pour les victimes, mais les médias doivent tout de même conserver suffisamment de recul pour éviter de compromettre leur sens critique et leur crédibilité.

E. Z. : Ceci dit, même si la couverture des risques entourant les pilules de troisième et de quatrième génération a démarré sur les chapeaux de roue et qu’elle s’est parfois faite de façon anarchique, elle a quand même eu des retombées positives. On a compris que certaines pilules étaient plus dangereuses que d’autres, et qu’il y avait d’autres facteurs de risque que le tabac. Cette Marion Larat, par exemple, était, sans le savoir, atteinte de trombophilie. Pour cette raison, elle n’aurait jamais dû prendre la pilule, quelle que soit la génération. Maintenant qu’elles savent que la pilule comporte des risques, je crois que les femmes poseront plus de questions à leur médecin. Elles reprendront un peu plus le contrôle de leur corps.

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Propos recueillis par Catherine Girard


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