L’emploi des journalistes s’aggrave en 2013


Emploi, salaire, protection sociale, formation, parité, le bilan social de l’année a été dressé mercredi après-midi, aux Assises 2013. Premiers touchés, les pigistes.

Lise Blanchet

Lise Blanchet, vice-présidente de la Scam, a présenté une enquête montrant que la précarité des journalistes progresse

« Les pigistes de presse écrite ne peuvent plus vivre de leur métier », affirme Lise Blanchet vice-présidente de la Scam (société civile des auteurs multimedia). L’enquête lancée par la Scam a montré que leurs revenus sont faibles : un pigiste sur deux est payé moins de 70 euros le feuillet. 20% des pigistes sont obligés d’être aussi travailleur indépendant ou auto-entrepreneur. Un pigiste sur huit est également auteur. Cette activité extra-journalistique a des conséquences : « La moitié des journalistes n’ont pas la carte de presse », constate Lise Blanchet. Le nombre de pigistes a aussi augmenté de 400 journalistes en 2012, la CCIJP (Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels) en a recensé 6550.

Autre chiffre inquiétant. « Un photoreporter sur quatre envoyé en zone de guerre n’est pas assuré. Faute de moyens, il renonce à une protection sociale alors que leurs photos se vendent difficilement », regrette Lise Blanchet. Ils partent sur des zones de conflit par leurs propres moyens, sans contrat de travail.

Des débuts très précaires

Le nombre de cartes de presse accordées stagne en 2012 (37 477) alors qu’il était en baisse ces dernières années. Pour les moins de 26 ans, le nombre de pigistes et de CDD dépasse tristement les 68%. Un chiffre en hausse depuis quatre ans. Rien de bien rassurant pour les 296 nouveaux journalistes issus des écoles de journalisme reconnues (donnée CCIJP). « Ce chiffre est sous-estimé. Il véhicule l’image d’une profession pratiquée sans aucune formation », critique Jean-Marie Charon, chercheur associé à l’EHESS, spécialisé dans les médias.

Une parité en progression

Les femmes journalistes sont de plus en plus à obtenir la carte de presse. Selon la commission, 56,2% des demandes ont été faites par des femmes. Elles sont davantage présentes dans les tranches d’âge les plus jeunes. Elles sont aussi plus présentes en presse écrite (47,3%) qu’en radio (41,2%). Leur place à la direction des médias reste marginale, alors que 58% des femmes sont pigistes.

Un secteur sinistré

« Quasiment toutes les entreprises de presse ont lancé des plans de restructuration ou vont le faire. La PQR est la plus touchée », annonce Jean-Marie Charon. Les groupes les plus fragilisés sont Hersant Media, Sud Ouest et Centre France. La presse magazine n’est pas non plus épargnée, avec une quarantaine de postes supprimés au groupe Express-Roularta et des titres cédés par Lagardère. La presse en ligne recrute, mais pas dans de grandes proportions. « Le Huffington Post n’a créé qu’une dizaine d’emplois depuis sa création », cite comme exemple le sociologue. Un contexte économique peu favorable pour faire diminuer la précarité.

Delphine Dauvergne

Les chiffres de l’AFDAS, ici.


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.