Thomas Jumel : « Le drone pour l’info, c’est plus de réactivité »


Les drones sont connus pour être utilisés comme outil de guerre ou de surveillance, mais en journalisme, leur usage est moins connu. La chaîne d’informations en continu BFMTV les utilise pour capturer des images aériennes qu’on retrouve ensuite sur nos écrans. Thomas Jumel, directeur de la production de la chaîne, nous explique en quoi ces drôles d’engins peuvent aider à la fabrique de l’information.

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Thomas Jumel, Antoine Fittante, Stephane Masson, Raphaël Labbé et Jérôme Bouvier regardent le drone arriver.
Photo Joann Mathias

Comment BFMTV s’est retrouvée à utiliser des drones pour produire des images inédites, vues du ciel ?

L’idée germait depuis un moment. BFMTV, c’est l’innovation, donc c’était presque dans la logique des choses. On a été les premiers à utiliser la 3G, puis la 4G, à utiliser des hélicoptères… Tous les nouveaux outils, on a tendance à se ruer dessus ! C’est une réelle envie de la chaîne : innover pour offrir une information toujours plus performante. Les nouvelles technologies, c’est vraiment un plus. La première utilisation, c’était pour filmer les zones sinistrées de Lourdes, en juin dernier. On a vite compris que le drone allait être utile pour filmer des endroits difficilement accessibles avec des moyens traditionnels. Comme lorsque nous avons filmé la catastrophe de Brétigny, vue de haut. Non pas pour faire du spectaculaire, mais pour rendre compte de l’état réel des rails et de la gare.

Vont-ils devenir indispensables dans les rédactions télévisuelles ? 

Indispensables peut-être pas, mais les drones sont utiles. Ils sont vus par certains comme des gadgets mais commencent à être de plus en plus utilisés, comme dans le Master Journalisme et Médias Numériques de Metz par exemple ! Le drone permet des prises de vue précises, qu’on peut ajouter à celles obtenues par un hélicoptère. Quelques émissions de télévision les utilisent aussi : pour le Tour de France par exemple, où des séquences sont tournées exclusivement en drone. Il peut servir à une illustration ou pour faire un sujet complet.

Thomas Jumel, directeur de la production de BFMTV. Photo Joann Mathias

Thomas Jumel, directeur de la production de BFMTV.
Photo Joann Mathias

Quelles sont les spécificités de ce petit objet volant ?

Nos drones ont été expérimentés en juin dernier avec des pilotes spécifiques. Ce ne sont pas les journalistes qui s’en servent : ce sont des opérateurs. Ils sont 350 en France : chacun s’occupe de trois départements. Selon où nous voulons filmer, nous appelons la personne concernée. Le drone, c’est la réactivité. La mise à l’antenne est rapide : pour Lourdes, ils filmaient le matin même et le soir on diffusait les images. Nos appareils sont par ailleurs très performants : ils ont 6 rotors (un peut tomber en panne, le reste marchera) et sont plutôt légers (moins de quatre kilos). Les caméras que nous plaçons dessus sont des caméras grand public auquel nous ajoutons le parachute, indispensable. L’autonomie étant de 8-10 minutes, il faut aller vite. L’autre souci c’est également le bruit que fait l’appareil quand il monte et le fait que le zoom le fasse trembler. Je pense que le drone est encore perfectible mais il peut être un réel apport. Par exemple dans les pays étrangers, pour un aspect inédit, vu de haut. Finalement, même de haut, on se rapproche des gens.

Et sur BFMTV, quel sera le prochain reportage filmé par vos drones ?

Nous aimerions aller au Mont Saint-Michel, cela nous semble incontournable. Mais cela a un coût… environ 1500€ par jour de location, l’équivalent d’une heure d’utilisation d’un hélicoptère ! En plus, la réglementation est souvent un frein. Les autorisations sont difficiles à avoir et la loi est stricte. Il faut prévenir les autorités et s’assurer qu’on peut filmer cet endroit du domaine public. Par exemple, un de nos flops à été le tournage du péage de Saint-Arnoult pour le chassé-croisé des vacances. On a mis plus de 15 jours pour le planifier avec les gendarmes, la préfecture, la mairie, cofiroute (réseau d’autoroutes)… tout ça pour ne faire qu’un survol haut-bas, sans grand intérêt ! (rires). Mais c’est une réelle chance de pouvoir faire des essais avec ces petites machines.

Lison Lagroy

Lire également : Un drone, plusieurs usages et revivre le direct vidéo sur le drone journalisme

Voir : l’usage du drone par les étudiants du Master Journalisme et médias numériques : la master class et le making of 


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