Présentation du projet INFO-RSN


Résumé du projet de réponse à l’appel Agence Nationale de la Recherche – ANR Sociétés innovantes, porté par les membres d’Obsweb.
Responsable du projet : Pr. Arnaud Mercier, université de Lorraine, Metz.

ANRNous proposons à travers le projet INFO-RSN de développer un programme de recherche véritablement pluridisciplinaire (SHS, sciences de l’information et de la communication & STIC, avec le Lcoms : Laboratoire de Conception, Optimisation et Modélisation des Systèmes de l’université de Lorraine) avec la collaboration d’une PME innovante (Semiocast) afin d’étudier les phénomènes de dissémination des informations journalistiques dans les profondeurs du web, via les réseaux sociaux, leurs conséquences pour les médias d’information et le comportement des journalistes face à cette réalité sociale.

Ce projet repose sur une hypothèse de recherche liée à des pratiques innovantes : le monde de l’information journalistique en ligne a commencé un mouvement de bascule passant d’une logique d’audience liée à un circuit direct d’information (l’internaute lisant un reportage sur le site d’un média d’information) à ce que nous appellerons une logique d’insertion dans un flux d’informations (l’information lui parvient par les réseaux sociaux, via les comptes des médias, ou de leurs journalistes ou des messages reçus sur leur compte personnel émis par toute sorte d’internautes). Les modes de consommation de l’information s’en trouvent changé, les pairs connus ou mal connus (voire inconnus) devenant potentiels prescripteurs d’informations, dans des formes d’interactions numériques dont on connait encore mal les ressorts, car il n’existe aucun modèle type et unique de circulation des informations entre les internautes et entre journalistes et internautes, même si l’un des objectifs de ce programme est d’essayer de repérer et expliquer des logiques sociales de consommation, appropriation et dissémination des informations via les réseaux sociaux.

Cette étude se fait grâce à une collecte systématique de tweets comprenant un lien URL pointant vers une sélection de 32 médias d’information généralistes français, publiés entre mai et octobre 2014. Bien qu’un tweet soit une expression totalement publique, la présence du nom  de son auteur (et donc la possibilité de remonter jusqu’à son profil public) permet d’identifier l’émetteur. Collecter ces dizaines de milliers de tweets, fait donc de notre fichier une base contenant des données à caractère personnel, au sens de la loi 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, même si aucun fichage par individu n’est prévu dans notre recherche, même si toutes les données recueillies sont déjà publiques. Conformément aux articles 39 et suivants de cette loi, toute personne peut obtenir communication et, le cas échéant, rectification ou suppression des informations la concernant, en adressant une demande écrite avec photocopie de sa pièce d’identité et enveloppe pré-affranchie pour le retour à Arnaud Mercier — OBSWEB — Projet INFO-RSN — Service CNIL : Université de Lorraine, Ile du saulcy, UFR SHS, BP 30309, 57006 Metz cedex 1.

L’objectif de cette étude est d’essayer par une sociologie compréhensive de dégager des typologies d’usages donnant lieu à des possibles modèles de dissémination, tant sur une échelle macro (récolte de données de masse) que sur une échelle plus réduite : observation de centaines d’internautes volontaires constitués en panels ; retour sur quelques informations choisies pour une exploration la plus complète des circuits et modalités de dissémination virale.

L’un des aspects novateurs de notre projet est d’associer des chercheurs en informatique, une PME innovante spécialisée dans l’analyse du « web temps réel »  et des micro-conversations quotidiennes, et des chercheurs en information-communication membres du CREM (labo classé A+ par l’AERES) au sein de l’Observatoire du webjournalisme, pour répondre aux défis scientifiques et techniques qui constituent le problème abordé.

L’objet de ce projet de recherche est d’identifier, de comprendre et de réfléchir aux méthodes optimales de visualisation des mécanismes de dissémination de l’information d’actualité sur le web, en étudiant en amont les pratiques d’écriture journalistiques innovantes et les modalités d’action et de présentation de soi des rédactions et des journalistes sur les réseaux sociaux, ainsi que les usages et comportements sociaux nouveaux des internautes, faits de processus de reprises, réappropriations, commentaires et (re)mises en circulation… via les réseaux sociaux.

Il s’agit donc :

(1) de mettre en place les méthodologies appropriées (quantitatives et qualitatives) pour repérer et comprendre les mécanismes de circulation et de rediffusion des informations sur les réseaux sociaux (Twitter ; Facebook ; LinkedIn ; et Pinterest à titre exploratoire), à l’instar du programme de recherche initié en 2011 en Australie par Axel Bruns. Les indicateurs de type thématique ; temporalité, énonciation, circulation au sein de micro-réseaux constitués

(2) de comprendre les logiques sociales et les usages de dissémination d’information sur les réseaux sociaux à travers notamment l’étude de panels d’infonautes qui permettront une étude systématique de leurs usages, avec à la clé la réalisation d’entretiens et de focus group pour interroger leurs pratiques et voir comment ils les pensent.

(3) d’analyser les discours d’accompagnement plus ou moins incitatifs, que les internautes ajoutent à la diffusion d’une information couplée à un lien URL, grâce à une étude lexicale des termes utilisés et ajoutés autour de la reprise d’une simple adresse URL et/ou du titre d’un article. Cette partie de la recherche, empruntant à la fois à l’analyse énonciative du discours et à l’argumentation dans le discours, s’appuie sur une étude des manifestations de circulation interdiscursive, pour tenter de comprendre la dynamique des « discours en circulation » (Rosier).

(4) d’étudier la manière dont les rédactions adaptent leur production éditoriale pour s’insérer dans cette information de flux, ce que A. Hermida nomme « ambient journalism » et d’identifier les formes d’écriture journalistes innovantes qui peuvent dès lors lui être associées.

(5) d’inventer les outils informatiques permettant d’identifier et de visualiser les voies et logiques de la dissémination dans les profondeurs du web et de repérer des possibles régularités à une échelle plus large que celle des panels d’usagers que nous allons mettre en place pour étudier au plus près la consommation d’information en ligne et sa (re)diffusion.

(6) mettre en place un partenariat presse avec des acteurs médiatiques français privilégiés, représentant des médias différents, afin de pouvoir étudier des phénomènes de « buzz » au départ d’un site, en bénéficiant de l’accès ouvert aux données informatiques des comptes sociaux et du site internet, et en définissant, de concert, des cas d’étude précis liés à des attentes spécifiques de nos partenaires. Il s’agira d’offrir aux entreprises de presse partenaires, une meilleure connaissance de la façon dont les informations qu’elles émettent circulent, sont appropriées, afin de les aider à réfléchir en interne aux conditions d’une meilleure efficacité de leur production éditoriale  via et à destination des réseaux sociaux. En échange, il s’agira de pouvoir avoir accès aux données propriétaires des comptes de réseaux sociaux et aux données statistiques issues du site, sous couvert de confidentialité évidemment. Ont déjà donné leur accord Le Nouvel Observateur, France info et France Inter.

L’association avec une PME qui a déjà réussi à réaliser un « twittoscope »  ouvre aussi la voie à la création de méthodes automatisées de collecte des données pertinentes, fruits de ces pratiques de dissémination, afin de produire un baromètre mensuel avec a minima quatre ou cinq indicateurs : les thèmes les plus disséminés, les titres de presse les plus repris sur les réseaux sociaux, le croisement de ces deux indicateurs, les plus « influenceurs »,  voire aussi les formules d’accompagnement ou les mots dans les titres d’origine qui ont généré le plus de reprise et de dissémination. Le tout avec des procédés de visualisation qui se voudront inédits ou très spécifiques, issus de la conceptualisation en amont de l’ensemble de l’équipe et du développement informatique prévu dans le projet. Ce baromètre qui pourra être publié par un ou plusieurs de nos futurs partenaires médias, sera gage d’une notoriété durable de nos travaux, à destination du grand public.

Nous sommes en train de peaufiner nos méthodes via un premier test « grandeur nature », soit notre B@aromètre France Info, Semiocast, Obsweb des municipales 2014. Ce qui n’est qu’une toute petite entrée de notre vaste projet de recherche.

Pour info, voici les résultats détaillés de notre deuxième B@romètre des municipales 2014 France Info – Semiocast – Obsweb, pour ceux que cela peut intéresser. Etude qui préfigure les fructueuses collaborations scientifiques avec Semiocast dans le cadre de notre nouveau programme ANR : Informations et réseaux socionumériques.

http://obsweb.net/2014/01/30/notre-2eme-brometre-des-municipales-2014-en-details/

Pour la version synthétique et avec cartographie c’est sur le site de France Info :

http://www.franceinfo.fr/politique/levallois-perret-et-paris-en-tete-de-notre-leb%40rometre-des-municipales-1300321-2014-01-30


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.