Cinq innovations médiatiques de l’année 2014


Les idées originales et les nouveaux concepts de sites Internet présentés par les acteurs du renouveau de la presse multimédia ont suscité de nombreuses réactions lors des Assises internationales du journalisme 2014, certains spectateurs se montrant très sceptiques et craignant un retour en arrière.

  • HEXAGONES
Hexagone traite des sujets sociétaux, comme l'intégration de l'islam en France./ Capture d'écran

Hexagones traite des sujets sociétaux, comme l’intégration de l’islam en France.

Le site d’information créé par Thierry Gadault traite l’actualité de la France d’aujourd’hui. A travers de nombreux dossiers et reportages faits en régions, Hexagones parle à tous les Français. Pour le créateur d’Hexagones, « il ne fallait pas rentrer dans le jeu des grands sites d’actualité. L’information instantanée n’est pas rentable, il faut de l’investigation, comme le fait déjà Mediapart ». Lancé en juillet 2014 à l’aide d’un financement participatif, Hexagones compte déjà 600 abonnés. Peut-être le renouveau de la presse quotidienne régionale ?

 

  • LE PARISIEN TV
Les vidéos du Parisien TV sont visionnées par millions de personnes, chaque mois./ Capture d'écran

Les vidéos du Parisien TV sont visionnées par millions de personnes, chaque mois.

« Les grands organismes de presse doivent adapter les moyens de transmission de l’information », tels sont les propos de Jean-Marie Montali, directeur adjoint de la rédaction du Parisien. Ainsi, le quotidien a décidé de créer une web TV. Hébergée via Youtube et Dailymotion, Le Parisien TV diffuse de nombreuses vidéos chaque jour, sur des thèmes d’actualité. « Aujourd’hui, il faut segmenter l’information et la rendre nette et précise. C’est pour cette raison que ces vidéos sont les plus courtes possibles », déclare Sophie Bramly, responsable du Parisien TV. Et les chiffres ont tendance à leur donner raison : chaque mois, plus de cinq millions de vues sont comptabilisées.

 

  • LIVE MAGAZINE
Cette expérience a rassemblé plus de 300 personnes au théâtre de la Gaîté-Lyrique./ Capture écran

Cette expérience a rassemblé plus de 300 personnes au théâtre de la Gaîté-Lyrique.

C’est l’ovni de cette conférence. Thomas Baumgartner, producteur à France Culture, s’est lancé dans un pari fou : créer un spectacle vivant autour de l’information. Il s’est inspiré de l’expérience « Pop Up Magazine« , qui consiste à lire un magazine dans un théâtre, aux États-Unis. Pour le fondateur de cet événement, qui s’est déroulé le 29 avril dernier au théâtre de la Gaîté-Lyrique à Paris, le défi était de garder un esprit intimiste : « Nous avons demandé aux spectateurs de ne pas filmer, ni prendre de photos, raconte Thomas Baumgartner. Chaque participant est venu, gracieusement, lire un article de son choix. C’était une sorte de grande revue de presse ». Les trois cents spectateurs ont découvert petit à petit le contenu de cette soirée Live Magazine. « Cette expérience devrait être renouvelée, avec un budget un peu plus élevé. Le bouche-à-oreilles a très bien fonctionné, c’est le plus important », assure le producteur de France Culture.

 

  • ULYCES
Le site propose des histoires insolites mais toujours sérieuses./ Capture écran

Le site propose des histoires insolites mais toujours sérieuses./ Capture écran

Julien Cadot et Nicolas Prouillac, fondateurs du site Ulyces (« éditeur d’histoires vraies »), ont créé quelque chose d’unique, d’un point de vue esthétique et rédactionnel. « Le but de notre travail est de raconter l’information avec des histoires. Nous avons pensé que ces articles pouvaient être lus au coin du feu ». C’est vrai qu’il en faut du temps pour lire leurs productions : jusqu’à quarante minutes pour certaines ! Dans une logique similaire à celle des MOOK (comme XXI…). Pourtant, le public semble y prendre goût. Deux cents lecteurs se sont abonnés pour suivre ces histoires. « Quatre journalistes travaillent pour nous, mais nous traduisons également des textes. Cela nous permet d’étendre notre contenu rédactionnel ». Avec des articles anglés sur l’aventure et les exploits sportifs et humains, Ulyces semble s’ouvrir à un très large public.

 

  •  BRIEF.ME
Un journal web envoyé par mail tous les jours à 18 heures ? Voici l'objectif de Brief.Me./ Capture écran

Un journal web envoyé par mail tous les jours à 18 heures ? Voici l’objectif de Brief.Me.

Sorti tout droit de l’imaginaire de Laurent Mauriac, ex-journaliste à Rue89 et Libération, le site internet est en phase de rodage pour être opérationnel d’ici décembre. « Après avoir lu un article du Guardian, où le journaliste expliquait qu’il y avait une overdose d’information, j’ai compris que le lecteur arrêtait de s’informer ». Laurent Mauriac, qui a réuni les fonds nécessaires grâce au financement participatif, espère combler de nouveaux (ou anciens) lecteurs avec Brief.Me. « C’est un nouveau concept, qui consiste à envoyer par mail un condensé de l’actualité. Tous les soirs, à 18 heures, les abonnés recevront une page revenant sur l’actualité du jour, un décryptage et un conseil pratique », assure le fondateur de Brief.Me. De quoi redonner le goût de la lecture et l’envie de s’informer ? L’avenir nous le dira.

Un débat dans une ambiance un peu électrique

Plusieurs personnes ont émis quelques doutes vis-à-vis des nouveautés. Une spectatrice s’est exprimée en sentant « un retour un arrière avec la théâtralisation de l’information ou encore la création d’une chaîne de télévision par un organisme de presse ». Ce à quoi Sophie Bramly a répondu « comme chaque révolution médiatique, le public doit digérer internet. On verra si, après cette digestion, il en ressortira de la merde ou pas ! » Un autre spectateur s’est montré très pessimiste, en expliquant « que l’audience ne sera jamais au rendez-vous avec des sites payants ». Thomas Baumgartner a fait une comparaison très intéressante, en rappelant « qu’au début du streaming musical payant, avec Deezer et Spotify, personne n’y croyait. Aujourd’hui, c’est un véritable carton. Je pense que la presse suivra le même chemin ». Ajoutons que le New York Times ou le Financial Times et Mediapart sont là pour démentir une vision aussi radicalement pessimiste. Les mentalités ont déjà commencé à évoluer par rapport aux débuts du tout gratuit sur internet.


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.