Cinq moyens de lutter contre les stéréotypes


Les journalistes sont souvent accusés de propager préjugés et stéréotypes. Pourtant les médias de proximité tentent d’aller à l’encontre de ce travers. Quelles pratiques développent-ils ? Quelles sont les difficultés rencontrées ? Le débat s’est ouvert vendredi après-midi, animé par Thierry Borde, directeur de MédiasCitoyens.

« La force du journalisme de proximité face aux préjugés », une table ronde animée !
(Crédit photo : Caroline Puissant)

1. S’immerger et enquêter

Pour Michel Gairaud, rédacteur en chef du Ravi, le métier tourne en rond. Les journalistes se citent les uns les autres et interrogent toujours les mêmes experts. Le journalisme participatif permet alors de se frotter à la réalité. C’est ce qu’a fait le Bondy Blog en envoyant, pendant plus de trois mois, deux personnes en immersion dans un camp de Roms. « On a voulu attendre avant d’écrire la première ligne d’un article. Ce n’était pas des professionnels mais ils sont sortis du rôle de journaliste pour entrer dans celui de citoyen », souligne leur rédacteur en chef, Sébastien Gonzalvez.

A l’Institut Pratique du Journalisme de Paris Dauphine (IPJ, Paris Dauphine) aussi, on fait dans l’immersion en envoyant les étudiants en reportage en Seine-Saint-Denis ou à Neuilly. « Ils reviennent avec des papiers exceptionnels qu’on ne voit nulle part ailleurs », ajoute Pascale Colisson.

2. Être proche du lectorat

« À la création des radios libres, l’important était d’organiser la vie de quartier avec tout de même une exigence professionnelle », explique Patrice Berger, délégué national à la prévention des discriminations du SNRL (Syndicat National des Radios Libres). Ce rôle, aujourd’hui, ce sont les radios associatives qui l’occupent et donnent la parole aux victimes de préjugés et aux acteurs locaux. « Ce n’est pas toujours simple, précise-t-il, il faut se battre pour gagner la confiance des auditeurs, ça renforce les liens. »

3. Avoir une position éditoriale claire

Michel Gairaud affirme que « pour revendiquer le droit à la presse, il faut être paresseux », voire revendiquer le droit à la lenteur comme le suggère Edouard Zambeaux de France Inter. C’est clairement une option éditoriale affichée par le Ravi.

Anne Bocandé, rédactrice en chef d’Afriscope défend quant à elle une position plus tranchée. L’association Africulture dont est issu le magazine résulte d’un ras-le-bol de la vision discriminante de l’Afrique. L’objectif de la rédaction est de « faire du journalisme » c’est-à-dire « traiter de manière normalisée les informations sans regard anthropologique ou exotique ». Pour elle, le meilleur moyen de lutter contre les préjugés et les stéréotypes c’est d’agir sur la connaissance.

4. Sensibiliser les étudiants… et les professeurs !

« On apprend à nos étudiants que le journaliste est le garant de la démocratie, qu’il doit faire preuve de déontologie et d’éthique. Je trouve bizarre que l’on n’aborde pas la question des stéréotypes et des préjugés », s’indigne Pascale Colisson, responsable pédagogique à l’IPJ. Un diaporama présentant les stéréotypes les plus répandus (par exemple, « les juifs sont des radins ») est projeté dès l’arrivée des journalistes en herbe à l’IPJ. Puis, tout au long de l’année, les productions des élèves sont vérifiées.

Mais les étudiants ne sont pas la seule cible de cette mesure. Les professeurs et les intervenants aussi. Pour Pascale Colisson, il est nécessaire d’aborder ces questions, même si parfois certains sont hostiles et « pensent que c’est pour faire beau ».

5. Revenir aux fondamentaux du journalisme

L’ensemble des intervenants s’accorde sur le fait qu’il faut revenir aux fondamentaux du journalisme : l’objectivité, la recherche des sources ou encore la hiérarchisation des informations. « Quand une députée porte une loi et que tout le monde s’intéresse à sa robe, il faut se demander quelle information doit être transmise, à quel moment et dans quel ordre », assène Pascale Colisson.


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.