Déontologie : l’information sous pressions


Créé en 2012, l’Observatoire de la Déontologie et de l’Information rend public son rapport annuel 2014. Une analyse des manquements à la déontologie dévoilée durant les Assises.

Patrick Eveno est un universitaire français, spécialisé dans l'histoire des médias. Crédit photo : Obsweb.

Patrick Eveno est un universitaire français, spécialisé dans l’histoire des médias. Crédit photo : Obsweb.

« Je ne sais pas à qui donner la parole en premier : le représentant des patrons ou le représentant des journalistes ? Si c’est à celui des journalistes, on dira que je soutiens les syndicats et si c’est au représentant des patrons, que je soutiens le patronat », ironise Patrick Eveno, président de l’Observatoire de la Déontologie et de l’Information (ODI) au moment de passer le micro à l’un ou l’autre de ses confrères. Son propos reflète bien la position délicate de l’ODI, association tripartite regroupant des représentants du public, des journalistes et du patronat. Ceci se retrouve dans le rapport, où les manquements à la déontologie sont traités de manière diplomatique, puisque les médias concernés ne sont pas cités. Le débat était à cette image : intéressant mais pas assez poussé car manquant d’exemples concrets.

La réunion s’est déroulée en deux temps. Le premier était consacré à une présentation globale de l’ODI et du rapport fraîchement sorti, tandis que le second à un débat entre les animateurs et le public.

« Il s’instaure une porosité entre journalisme et communication »

Cette année, le rapport a pour titre L’information sous pressions. Patrick Eveno explique qu’il « est le fruit d’un travail collectif. Ce qui devrait faire la différence entre les journalistes professionnels et les autres, c’est la question de la déontologie. » Selon lui, il était important de souligner les différentes pressions qui s’exercent sur les médias. « La déontologie doit être au centre de notre politique et de nos soucis dans la presse », souligne Gilles van Kote, directeur du journal Le Monde et représentant des patrons de presse.

Pour Patrick Eveno, une des préoccupations majeures est le fait qu’il s’instaure une sorte de porosité entre journalisme et communication.  » Les rédactions ont besoin de gagner de l’argent pour subsister, ce qui les amène parfois à se laisser tenter par le brand content. Celui-ci consiste à publier des reportages financés par des entreprises, qui peuvent ainsi imposer leur vision du sujet.

Une autre question a été soulevée durant le débat, celle de l’angoisse liée à l’accélération de plus en plus marquée de l’actualité, accompagnée d’un emballement médiatique. Pour Christine Menzaghi, cofondatrice d’Enjeux e-medias et représentante du public, ce dernier perd ses repères face à tant de vitesse. Thierry Magnol, médiateur à Sud-Ouest et représentant des journalistes, note quant à lui un durcissement des relations entre les journalistes et le public.


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.