La difficile équation de la vulgarisation scientifique


Objet depuis longtemps de multiples interrogations, le journalisme scientifique doit innover. Comment vulgariser efficacement l’information et la rendre pertinente pour tous ? Alors que le public y voit souvent un moyen de se divertir plus que de se cultiver, il semble important de développer de nouvelles méthodes de communication. Ces questions ont été débattues lors de l’atelier « Vulgariser l’information scientifique : quelles règles, quelles précautions ? »

Journalistes et chercheurs interviennent chacun leur tour. Avec, parfois, des désaccords. (Crédit photo : Obsweb)

Journalistes et chercheurs interviennent chacun leur tour. Avec parfois, des désaccords. (Crédit photo : Aurélien Glabas)

Il existe traditionnellement une défiance mutuelle entre journalistes et chercheurs. Les premiers ont encore parfois tendance à voir les seconds comme des savants fous à lunettes, tandis que ces derniers estiment ne pas dépendre de la presse pour transmettre l’information. « C’est en partie faux, ils en ont besoin et ne peuvent pas diffuser l’information seuls », rectifie Cécile Michaut, journaliste scientifique. « Le journaliste doit prendre du recul par rapport au chercheur. Il doit mener une vraie enquête, interroger plusieurs sources et montrer ce que le chercheur ne dévoile pas. Vulgariser, c’est remettre en contexte et clarifier. », ajoute-t-elle. En apparence, l’information scientifique paraît plus compliquée à gérer que pour les autres domaines. « Ce n’est pas le cas. Un sujet économique peut être tout aussi difficile à expliquer. Un bon journaliste doit d’abord bien informer, quel que soit le sujet », corrige Aline Richard, directrice de la rédaction du magazine La Recherche.

Diffuser de la confiance

Bien informer, une mission complexe compte tenu de l’attitude de la population sur le sujet. En effet, selon Jean-Marc Galan, spécialiste en vulgarisation scientifique, le public place l’acquisition d’un savoir au second plan : « Les gens ne viennent jamais seuls dans les musées scientifiques. C’est souvent l’occasion d’une sortie en famille. Le contenu a généralement un aspect enfantin. Le public vient davantage pour se divertir que pour se cultiver. Les visiteurs discutent avec les chercheurs mais ne posent pas de questions », constate-t-il. La preuve avec le magazine Science et vie Junior, lu aussi bien par les enfants que par leurs parents. « Il y a un problème d’image des scientifiques. Avant de diffuser de l’information, il faut diffuser de la confiance », explique Pierre-Sofiane Kadri, de MyScienceWork.

Open Science

Une confiance qui s’installera en partie grâce à la transparence. C’est pourquoi l’Open Science évolue de plus en plus. Il s’agit de publier sur les outils numériques des données et informations scientifiques en accès libre, afin de toucher le grand public. La démarche s’inscrit donc plutôt dans une logique de diffusion de l’information au plus grand nombre plutôt qu’une vulgarisation. Chercheurs et non-chercheurs interviennent. Habitués à communiquer entre eux, les scientifiques n’ont pas la même aisance auprès des citoyens. C’est donc l’occasion pour eux de s’exprimer plus facilement et plus clairement. L’objectif n’est cependant pas de prendre la place des journalistes. Ceux-ci développent d’ailleurs des relations de plus en plus nombreuses avec les scientifiques. Les échanges s’accroissent et les rapports entre les deux parties sont en progression.

Pour aller plus loin :

Quelques sites web où exercent les intervenants, jouant sur l’accès libre à l’information :
–    MyScienceWork (Pierre-Sofiane Kadri)
–    Shakepeers (François Pacaud)
–    Hackyourphd (Célya Grusson-Daniel)

Ainsi que l’Association des Journalistes Scientifiques de la Presse d’Information


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.