Et PAF! Les Citoyens de l’Information font bouger les médias


Le collectif informel et apartisan des Indignés du PAF est désormais une association: les Citoyens de l’Information. Avec toujours le même objectif, en finir avec la manipulation de l’information. Depuis 2011 et suite à plusieurs cas de dérives journalistiques, le collectif oeuvre pour une meilleure qualité de l’information et souhaite le rétablissement de la confiance entre les citoyens et leurs médias.

Devenez citoyen de l’information! Après trois ans de militantisme, le collectif des Indignés du Paf s’est structuré en association début décembre. La création d’une association devrait permettre au mouvement de récolter des moyens financiers et humains plus importants. Avant cela, toutes les revendications se faisaient de manière informelle, grâce notamment à une mobilisation importante sur les réseaux sociaux.

Naissance du collectif

Selon le collectif et son porte-parole Philippe Guihéneuf, le mouvement est né suite à la diffusion de l’émission « Appels d’urgence » par TF1 le 6 décembre 2011. Dans cette séquence sur la délinquance urbaine à Paris, des vidéos d’agressions particulièrement violentes sont mises en avant. Problème: les images sont truquées, elles n’ont pas été tournées dans la capitale mais aux États-Unis. La supercherie est révélée par Le Petit Journal le lendemain de la diffusion. Interpellé par le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel), TF1 nie toute responsabilité et s’en sort avec une simple mise en garde.

Les Indignés du PAF se sont constitués suite à cette affaire. Avec un constat: il faut oeuvrer à la réconciliation des médias avec le public. “Si nous ne trouvons pas les moyens de cette réconciliation, l’avenir des médias en place nous paraît très compromis et la qualité du débat démocratique ne nous paraît plus pouvoir être assurée correctement.”, assure le collectif lors de son premier communiqué de presse. Il regroupe des professionnels et des citoyens lambda, désireux d’enrayer les dérives du journalisme.

Des citoyens militants pour une information de qualité

Le collectif souhaite une meilleure institutionnalisation du métier de journaliste. Cela passerait par la création d’une véritable instance de déontologie et de dialogue “afin de réconcilier les citoyens et les médias et de revaloriser la matière information”, explique Philippe Guihéneuf sur le blog des Indignés. L’idée est d’appliquer des règles communes à tous les journalistes, pour une meilleure vérification des faits et donc un meilleur traitement de l’information. Les Indignés souhaitent également une meilleure protection du métier par une charte universelle de l’information adossée à la convention collective existante.

L’autre objectif majeur est d’intégrer les citoyens au coeur du processus d’information, via la création d’un conseil de presse constitué de journalistes et de citoyens n’appartenant pas au monde des médias.  Cette instance, Philippe Guihéneuf la défend avec ferveur. “Ce type de structure existe déjà dans de nombreux pays dans le monde et, si parfois les résultats sont mitigés, elle contribue nettement à un retour de la confiance dans les médias et, de facto, à une amélioration des relations entre les parties.” expliquait-il au Huffington Post en juin.

Les Indignés souhaitent également faire entrer des citoyens au CSA via un médiateur, chargé de représenter la parole du public au sein de l’institution. Il est en effet possible d’être membre du CSA en étant citoyen étant donné que ce sont les présidents des deux Chambres (Assemblée Nationale et Sénat) et le Président de la République qui les nomment. En 2012, profitant du renouvellement du mandat de trois membres, les Indignés avaient lancé la pétition “Faites entrer les citoyens au CSA!”. Elle a reçu près de 7000 signatures.

Beaucoup d’actions, des résultats à venir

Le poids des Indignés du PAF sur les réseaux sociaux est important. Avec plus de 20 000 abonnés, ils se servent de Twitter comme d’un outil pour exercer une veille autour des dérives du journalisme. Quand un manquement à la déontologie ou une faute est remarquée, ils saisissent les rédactions pour obtenir réclamation.

Ils lancent de nombreuses pétitions, ou organisent des débats autour de l’éthique journalistique sous forme de tables rondes. Certaines actions sont relayées par des hommes politiques. En septembre dernier, une proposition de loi a été déposée au Sénat via la sénatrice Nathalie Goulet pour l’indépendance juridique des rédactions: elle est le résultat des échanges entre le collectif et le SNJ (Syndicat National des Journalistes).

Lors de l’élection présidentielle 2012, plusieurs candidats ont soutenu voire signé “L’Appel des Indignés du PAF pour une meilleure qualité de l’information” : François Bayrou (MoDem), Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès), Eva Joly (EELV), Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche) et Philippe Poutou (NPA). François Hollande avait aussi apporté son soutien. Cette pétition a récolté plus de 4.000 signatures.

Elle met en avant quatre principes fondamentaux, chers aux Indignés du PAF  :

  • Associer les citoyens au fonctionnement des médias via les organes de régulation,

  • réformer structurellement le secteur des médias pour plus de transparence, d’indépendance éditoriale, politique et économique

  • repenser la politique de soutien au secteur pour favoriser le pluralisme et l’innovation

  • éduquer aux médias dès le plus jeune âge

Une autre pétition, “Faisons bouger les médias ensemble”,  fait le point sur les deux ans de mouvement. Les Indignés réclament toujours la mise en place d’un conseil de presse et d’une charte de déontologie basée sur la convention collective. Ils ont récolté 2.366 signatures sur les quelques 10.000 qu’ils se sont fixés. Soit encore trop peu pour une réalisation concrète, alors que le conseil de presse était prévu pour décembre 2014. Mais le collectif ne se décourage pas. “Le Conseil de Presse est réellement pour bientôt, nous y croyons.” assurait son porte-parole en novembre dernier sur le blog des Indignés du PAF.

Quelques exemples de manipulations de l’information épinglés par les Indignés du PAF :

  • Novembre 2013 : Tellement vrai –  NRJ 12
    Témoignages de trois “anciens” sur le vrai déroulement de l’émission qui révèlent une incroyable mise en scène.

  • Juin 2014 : Erreurs dans les sujets “intermittents”
    Le collectif pointe du doigt les différentes coquilles récurrentes dans le dossier “intermittents du spectacle”

  • 14/06/2014  : Antilles et la Guyane oubliés – TF1
    Claire Chazal, présentatrice du JT en parlant du nombre de personnes touchées par le Chikungunya en France omet de parler des Martiniquais (La Martinique étant un département français).

  • 07/07/2014 : Interview de Hillary Clinton – TF1
    Hillary Clinton a été interviewée par Gilles Bouleau suite à la déclaration de Vladimir Poutine la concernant: “Il est préférable de ne pas débattre avec une femme”. Cette citation avait été traduite par erreur en “On ne doit pas discuter avec une femme” ce qui n’est pas vraiment la même chose. Un mois après les faits, TF1 utilise la mauvaise traduction et titre ce passage comme étant la réponse d’Hillary Clinton à Vladimir Poutine. Le collectif a également remarqué un montage dans l’interview.

  • Septembre 2014 : Sondage Sarkozy bidon – L’Opinion / Valeurs Actuelles
    Valeurs actuelles et L’Opinion ont publié en septembre un sondage donnant Sarkozy en tête aux élections présidentielles de 2017, assurant qu’il avait été réalisé par Ipsos à la demande de l’UMP. Mais l’institut de sondage et l’UMP ont démenti tous deux l’existence de cette enquête d’opinion.

Crédit photo : Capture d'écran lesindignesdupaf.info

Marion Mellinger & Clémence Simon


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Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.