Algorithme : ce que cache votre fil d’actualité Facebook


Les réseaux sociaux sont de plus en plus présents dans nos vies, c’est indéniable. Dans le monde, ce sont près de 3 milliards d’internautes qui sont recensés, dont plus de 2 milliards présents sur les réseaux sociaux. À l’heure des chaines d’info en continu, de Twitter et de Facebook, les Français consomment de plus en plus leur information via ces réseaux. Mais peut-on réellement se fier à notre fil d’actualité Facebook ?

Les algorithmes sont eux aussi en pleine expansion, et celui de notre ami Marc Zuckenberg est reconnu comme l’un des plus puissants, après Google.  Alors comment marche cet algorithme ? Est-ce que cela influe réellement sur ce que nous voyons apparaitre dans notre fil d’actualité ? Réponses.

Qu’est ce que l’algorithme de Facebook ?
Appelé EdgeRank, l’algorithme de Facebook se fonde sur près de 100.000 paramètres différents  pour déterminer ce qui est montré ou non à ses utilisateurs dans leur fil d’actualité. Parmi ceux-ci, on trouve notamment :

  • L’affinité : les statuts d’une page ou d’un ami ont plus de chance d’apparaître sur votre fil si vous avez dans le passé interagi avec eux.
  • Les interactions : un contenu qui n’apparaît pas normalement dans votre fil remonte si un grand nombre de vos amis interagissent avec.
  • Le type de contenu : certains, comme les statuts, ont plus de poids que les mentions « j’aime ».
  • Le temps : un élément publié sur Facebook a d’autant plus de chance d’être mis en avant s’il est récent.

C’est donc un véritable système très complexe dont très peu de gens connaissaient l’existence jusqu’alors. Ce n’est seulement qu’à l’occasion d’une étude réalisée en janvier 2012  que les critiques ont commencé à fuser. En effet, trois chercheurs ont modifié pendant une semaine, le contenu du fil d’actualité de 689.003 utilisateurs de Facebook afin de savoir si les émotions étaient « contagieuses ». En somme, savoir si lire des contenus tristes ou joyeux incitait à poster des contenus similaires.

Avec le grand nombre d’utilisateurs et de pages Facebook créées, il est logique de se dire qu’il est impossible d’afficher dans le fil d’actualité d’un utilisateur l’intégralité des contenus postés par ses amis et par les pages qu’il suit. Facebook doit donc trier. Et il le fait grâce à cet algorithme. Logique.

L’objectif pour Facebook : faire remonter pour chaque utilisateur ce qui l’intéressera le plus, ou plutôt ce qui sera le plus susceptible d’être « aimé », commenté et partagé. En somme, ce qui suscite le plus de réactions de la part de ses utilisateurs, et lui permet de gagner de l’argent.

Mais la France aime-t-elle les réseaux sociaux ?
La population française s’élève à 66,1 millions de personnes. 55,4 millions d’entre eux sont des internautes – soit 84% – et 30 millions utilisent les réseaux sociaux – 45% -. Une part très importante donc, puisque le taux de pénétration des réseaux sociaux en France est plus important que la moyenne mondiale : 45% en France contre 29% dans le monde, selon les chiffres du moderateur.com. Les Français sont donc la population la plus présente sur les réseaux sociaux.

digital in France

Les internautes français passent en moyenne 3h53 par jour sur Internet depuis un PC et 1h17 depuis un mobile. Ils accèdent aux réseaux sociaux durant 2 heures quotidiennement, alors qu’ils regardent la télévision pendant plus de 3 heures. Des données qui augmentent chaque année, notamment avec l’expansion des supports mobiles comme la tablette et le smartphone.

le temps passé sur chaque média

Et bien entendu, le réseau social le plus utilisé en France est, sans surprise, Facebook. Une première place qui laisse à penser que les utilisateurs ont confiance en ce service et l’utilise quotidiennement, de manière de plus en plus intensive. Rester en contact avec ses proches, partager son quotidien et maintenant s’informer, Facebook est devenu la plateforme incontournable de ce siècle.

top des réseaux utilisés

La France aime donc les réseaux sociaux oui, mais ce qui est important de souligner ici, c’est que plus de 7 Français sur 10 consultent l’information sur Internet. Plus d’un tiers d’entre eux – la moitié des moins de 35 ans – commente même des articles et diffuse des liens sur les réseaux sociaux. Mais est-on réellement sûr d’avoir affaire à un contenu neutre ? Comment agit l’algorithme de Facebook concrètement ?

L’étude : l’algorithme de Facebook fonctionne-t-il réellement ?
Cette étude a été réalisé durant un mois : du 30 décembre 2014 au 28 janvier 2015. Son objectif : prouver que l’algorithme de Facebook influe sur notre accès à l’information. Deux comptes Facebook ont donc été créés pour l’occasion, simultanément.

Dix médias d’actualités ont été “likés” par ces deux comptes : Libération, Le Huffington Post, 20 minutes, Le Républicain Lorrain, Le Figaro, Le Monde, France Info, iTELE, Grazia, BFM TV.

Durant ce mois d’observation, chaque jour, des articles ont été “likés”, partagés, voir même simplement ouvert sur ces deux comptes. Le premier compte s’intéressait uniquement aux articles dits « sérieux » du journal Libération. Le second lui, aux articles décalés, people ou insolites du Huffington Post.

Dès les premiers jours d’essai, une nette tendance apparaissait sur chacun de ses deux comptes. En effet, malgré des abonnements similaires et des connections simultanées, les deux fils d’actualité divergeaient totalement.

Au fil des semaines, cette idée s’est concrétisée. Le fil d’actualité du premier compte, – ne partageant que des articles du journal Libération – affichait de plus en plus de contenus de ce journal. Une dizaine, puis une vingtaine, pour finir sur un chiffre record de 32 posts de Libération sur 50.

Même constat sur le fil d’actualité du second compte – qui ne partageait que des articles décalés du journal Le Huffington Post – : ce ne sont pas moins de 38 posts qui ont été recensés lors du dernier jour d’étude sur les 50 proposés dans le fil d’actualité. Mieux encore. N’ayant pas partagé de réelles informations mais uniquement des articles plus légers, l’algorithme ne proposait donc que des articles similaires ! Le mariage de Georges Clooney, les princesses Disney version Bollywood….

Cette étude a ainsi pu mettre en exergue le réel fonctionnement de l’algorithme si redouté du géant Facebook. Est-ce normal de cacher certaines informations sous prétexte que l’utilisateur partage davantage de contenus d’un journal en particulier ? Et pire encore, de ne mettre en avant que des sujets qui pourront à coup sûr, faire interagir l’internaute ? N’est ce pas une forme de manipulation, que l’utilisateur lambda de Facebook ne saura voir ?

Quel avenir pour ces algorithmes ?
Début septembre 2014, Twitter annonçait 3 nouvelles améliorations pour l’année 2015 : une amélioration de son moteur de recherche, un système de messagerie instantanée – façon Messenger – et l’implantation d’un algorithme pour classer le contenu présent dans la timeline des twittos.

Pourquoi ce dernier choix ? Et bien pour mettre en avant les contenus les plus populaires ou qui sont susceptibles d’intéresser les internautes afin de les fidéliser. Anthony Noto, directeur financier de Twitter, a ainsi évoqué un « algorithme qui permet de délivrer l’ampleur et la profondeur des contenus sur un sujet spécifique qui peut intéresser les gens ». Une nouvelle qui ne semble pas réjouir les utilisateurs de ce réseau, déjà lassé par cette pratique présente sur Facebook.

Et justement. Concurrencer Facebook, n’est-ce pas là le jeu de Twitter ? En effet le réseau compte beaucoup d’internautes mais moins que Facebook. Et surtout, ils sont beaucoup moins actifs. Une réalité difficile à encaisser pour le petit oiseau bleu.

shéma fini fini redimensionnée

Mais l’autre raison est sans doute la bonne. Augmenter la publicité : cette nouvelle de l’arrivée d’un algorithme sur Twitter va sans doute ravir les entreprises, qui vont miser sur ce réseau pour faire leur publicité. Mais cet algorithme va-t-il vraiment rendre service à Twitter ? Les internautes y trouveront-ils un usage plus simple de l’outil, connu pour générer de – trop – nombreux contenus à la minute ? Réponses dans quelques mois.


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.