Les médias du « sur mesure »


Pas de première ou de seconde classe. Dans les TGV de l’information, toutes les actualités se retrouvent au même niveau. Pour ne pas avoir un train de retard et perdre des passagers, les médias misent sur la quantité. Chaque jour, les internautes sont envahis par les alertes, par les posts Facebook ou Twitter. Pour éviter l’overdose et redonner de la valeur à l’information, des médias se sont alors lancés dans le « sur mesure ».

Capture d' écran de la vidéo de présentation de Brief.me

Capture d’écran de la vidéo de présentation de Brief.me

Quelques minutes de lecture et le tour est joué : vous êtes au courant des faits les plus marquants et intéressants de la journée. Grâce à Brief.me, Time to sign off ou encore News on demand, vous informer devient un jeu d’enfant. Plus besoin de faire vous-même le tri, les informations ont été sélectionnées, découpées, taillées puis cousues en un bel ensemble avant de vous être envoyées.

Hiérarchiser pour aider

Comme les stylistes s’inspirant des modes d’autrefois pour créer leur nouvelle collection, ces médias ont choisi de revenir sur l’un des vieux principes du journalisme : la hiérarchisation. « Plutôt que de rajouter des informations aux informations, nous avons voulu proposer une info mise en forme, qui aide les gens à y voir plus clair », explique Laurent Mauriac, co-fondateur de Brief.me, lors d’une interview pour Obsweb Le Mag. En hiérarchisant et en éliminant les données insignifiantes, le journaliste permet aux lecteurs de mieux comprendre et de mieux appréhender les événements qui construisent leur société. Trois informations principales, quelques astuces et conseils, le contenu est restreint mas il se veut percutant. Vient alors le problème du formatage : est-il vraiment utile de reduire le champ des possibles ? A travers ces choix limités, n’est-ce pas imposer sa subjectivité à l’audience ? Libre à cette dernière d’aller voir ailleurs pour approfondir et compléter sa revue de presse.

Time to sign off, News on demand et Brief.me répondent à un besoin de s’informer rapidement et de manière efficace. Les gens pressées, qui n’ont pas le nez scotché à leur téléphone ou à leur ordinateur, qui n’ont pas le temps de lire un journal, d’écouter la radio ou de regarder les infos, ont ainsi trouvé leurs nouveaux médias. Chrono en main, ils deviennent incollables sur l’actualité.

Comment ça marche ?

nodNews on demand (NOD) est une application mobile créée par Marie-Catherine Beuth, journaliste correspondante aux Etats-Unis pour Le Figaro. Uniquement disponible en anglais (la fondatrice espère pouvoir la développer en français), cette appli se présente sous la forme de trois petite fiches, chacune dédiée à un sujet. Pour chaque nouvelle, Marie-Catherine Beuth sélectionne manuellement deux articles écrits par d’autres médias. « Il existe des articles de grand qualité mais il est difficile de les trouver. Je fais alors de la curation pour les dénicher. Le niveau des technologies n’est pas encore assez au point pour qu’elles le fassent seules et puis il y a une vraie valeur de faire ça à main humaine », souligne-t-elle lors de son passage à l’émission l’Atelier des médias.

Si le premier article reconstitue les faits, le second permet d’approfondir le sujet. Une fonction « catch up » (rattrapage) est également disponible et donne la possibilité à ceux qui ont manqué plusieurs journées de venir prendre des notes. Contrairement à d’autres applications comme Circa ou Yahoo News Digest, NOD ne fait donc pas dans le résumé d’événements. Son originalité repose sur la découverte d’articles pertinents et de qualité.

Time to sign off (TTSO) et Brief.me utilisent quand à eux la newsletter. Vous dites ringarde ? « La killer app, c’est l’email. C’est l’application la plus stable depuis la naissance d’Internet » affirme Romain Dessal co-fondateur de TTSO avec Arthur Ceria. Laurent Mauriac est aussi de cet avis : « Le mail connaît un renouveau grâce au mobile, c’est l’application la plus utilisée sur un téléphone ». Loin d’être le simple copié/collé d’une page d’accueil, ces newsletters ont cherché à innover.

ttso3En un clic, il est possible de s’incrire à Time to sign off et de recevoir gratuitement sa lettre d’information (à 18h45 du lundi au jeudi et à 17h45 le vendredi). Avec un ton piquant et beaucoup d’humour, la rédaction y dévoile les informations qu’elle juge cruciales. La partie « Ce que vous avez raté aujourd’hui » contient trois brèves accompagnées de données chiffrées. « Ce que vous ne devez pas rater demain » résume et analyse un article qui a plu aux journalistes. Puis en point final, l’équipe présente sous la bannière « Pas envie d’aller au lit » un petit texte écrit pour le compte d’un annonceur, soufflant ainsi des idées aux lecteurs.

brief.me

Pour échapper aux contraintes de la publicité, les fondateurs de Brief.me, Laurent Mauriac, Damien Cirotteau, Jean-Christophe Boulanger et Alexandre Brachet ont pour leur part choisi l’abonnement et le participatif. En phase de test pendant quelques mois puis lancée en janvier 2015, cette newsletter au style pédagogique a été financée grâce au crowdfunding. Chaque jour, les 886 participants ont aidé l’équipe à améliorer son design apaisant et son rubricage. Les parties « On rembobine », « Tout s’explique », « A la loupe », « Ca alors ! » et « Ca peut servir » sont sans cesse passées au crible. Chaque détail compte, chaque problème est solutionné afin que la newsletter soit faite sur mesure, aux goûts des lecteurs.

Adieu infobésité, algorithmes et flux impersonnels ? Les médias du sur mesure n’en sont encore qu’au début de leur histoire. S’ils proposent, les internautes disposent. A ces derniers de jouer le jeu.


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.