Pourquoi tout le monde fait du scrollitelling ?


Depuis deux ans, les scrollitellings fleurissent sur nos sites d’informations et cela semble plaire à tout le monde. Mais pourquoi un tel engouement ?

Capture d’écran 2014-12-18 à 14.19.58
Oubliez le webdocumentaire, le nouveau format à la mode, c’est le scrollitelling. C’est même déjà dépassé de le dire. Selon les experts de l’outil, tout a commencé en 2012. Le New York Times balance une bombe sur son site, intitulée Snow Fall, et popularise une nouvelle manière de raconter une histoire en ligne : la parallaxe. Pourtant, en le regardant, tout parait très simple. L’utilisateur n’a qu’une seule chose à faire : scroller de haut en bas. C’est l’action de la souris qui fait apparaître les chapitres et les différents enrichissements. En faisant ce simple geste, l’internaute découvre un formidable récit de six skieurs aguerris surpris par une avalanche. L’immersion est totale et pourtant, les mouvements du lecteur sont très limités. Au contraire du webdocumentaire.

Capture d’écran 2014-12-18 à 14.21.01

En quelque temps, le scrollitelling – dérivé de « storytelling » – a conquis la planète média. L’an dernier, Cédric Motte, journaliste web indépendant, disait même : « Si en 2013 t’as pas fait ton article en parallaxe, t’as raté ta vie de média web ». En France, c’est le quotidien sportif L’Equipe qui en est complétement tombé amoureux. Au point de créer une série de grands reportages appelés L’Equipe Explore.

L’interaction au service de la pédagogie

Si tout le monde est allé de sa petite ou grande expérience du scrollitelling, il y a forcément une explication. D’abord parce que c’est une manière très immersive de raconter une histoire. Il permet de rythmer la lecture et de relancer les différents angles du reportage. Dans un scrollitelling, les enrichissements multimédias – photos, vidéos, infographies, etc – font partie intégrante du sujet et ne sont pas simplement là entre deux paragraphes. Ce nouveau format permet une certaine harmonie entre l’histoire, le texte et le multimédia. Même les journalistes qui ne s’intéressent pas vraiment au web sont convaincus car il permet de remettre le format long au goût du jour. Quand sur le web, il faut lire vite, tout et tout de suite, les scrollitellings inversent la tendance. Ce dispositif relativement léger permet de générer une audience certaine que n’aurait pas eu un long reportage en temps normal. Le fait de ne pas avoir besoin de mettre les mains dans le code informatique (ou très peu) doit y jouer aussi beaucoup.

Si le plein écran est vivement conseillé pour le scrollitelling, il peut aussi parfaitement s’intégrer sur une page web comme un simple article. C’est le cas de One More Jump, création du Toronto Star, qui a trouvé astucieusement le moyen de laisser les publicités sur les côtés. Il faut bien le financer, ce long format. Pour autant, le public ne doit pas être distrait. Dans NSA Files Decoded du Guardian, les vidéos se chargent automatiquement. Nul besoin pour l’utilisateur de la lancer lui-même et de sortir du geste qu’il préfère : le scroll.

Pour l’internaute, l’expérience est aussi enrichissante. D’habitude, il refuse de lire un article de plus de 3.000 signes sur son ordinateur. Avec cet outil, le public est plongé dans un état de concentration profonde. Et pas seulement parce que c’est une bonne histoire. C’est là tout le pouvoir du scrollitelling.

Pour aller plus loin : 

Avec quels outils ?

Shorthand, Creatavist, Racontr, Jkcreative (Template), Exposure (pour la photo), sStory (Open source mais nécessite de savoir coder), Aesop Story Engine et Page Builder (extensions WordPress), Store House (application iPad).

Sources :

Miseajournalisme – Scrollitelling : quel outil pour vos récits multimédias immersifs ?

Horizons Mediatiques – Scrollitelling, la nouvelle mode des journalistes

Erwanngaucher.com – Journalisme numérique : la taille, ca compte…

Medium – Distractions et narration interactive

Autres exemples de scrollitelling :

The Washington Post : Cycling’s road forward

Complex : Danny Brown, Sky High

La Voix du Nord : Les enfants de Bollaert

Epic Magazine : Deep Sea Cowboys

Miroir Mag : Devenir(s) Français

Le Guardian : Australia vs England

ESPN : Best of 2013

Sport Illustrated : The Ghost of Speedy Cannon

TrekMag : Népal, deux 6000 sinon rien !

Et même un C.V


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.