Geek Politics, au-delà des clichés


Lancé en 2013, le web documentaire belge Geek Politics s’est donné pour but de démystifier ceux que l’on nomme « hackers ». Il propose une plongée en profondeur dans le monde des pirates informatiques qui luttent contre les restrictions toujours plus importantes dans l’utilisation d’Internet.

Signé Dancing Dog Productions, réalisé avec l’aide des Fonds pour le journalisme et en partenariat avec Lesoir.be, Geek Politics est un projet ambitieux qui a choisi de mettre en lumière un univers qui intrigue souvent, parfois faussement représenté dans notre société.

Les médias et le monde culturel en général a placé les « hackers », « geeks » et autres adeptes de l’informatique comme des boutonneux en mal de sociabilité. Des clichés intégrés dans l’esprit de la société à travers le cinéma et les idéologies politiques qui punissent sévèrement les actes de hacking. Qui plus est, on nous présente souvent les « hackers » comme des délinquants ou des criminels. C’est le voile qu’essaye de lever le web documentaire Geek Politics. D’autant plus que nous pouvons observer la montée en puissance des communautés du type Anonymous qui gagnent en légitimité face à des institutions desquelles on se méfie de plus en plus comme la NSA par exemple qui a été l’auteur de plusieurs scandales (intrusion, surveillance, etc.).

Un manque d’originalité dans la forme

Le web documentaire s’ouvre aux premiers abords sur une vidéo d’introduction. On nous met tout de suite dans le bain et le contexte. La problématique se pose dès les premières secondes. « Nous disions donc : notre enquête se concentre sur les liens entre les « geeks » et la politique, ainsi que leur influence éventuelle sur la politique. » Après quelques minutes d’introduction, la vidéo laisse donc place à la page principale, celle sur laquelle les internautes vont naviguer.

Pour l’aspect interactif, on ne note rien de bien original. En plus d’être assez linéaire et sans réel scénarisation, Geek Politics se la joue pédagogie. Il n’y pas réellement d’originalité et le but de ce web documentaire ne se posait sans doute pas dans la fantaisie. On retrouve seulement des photos qui rappellent l’univers geek et qui accompagnent chacune des six catégories : « Hackers », « Parti Pirate », « Chronologie », « C.C. Camp 2011 », « Perspectives » et « Polémiques ».

Dans les deux premières catégories, « Hackers » et « Parti Pirate », et les deux dernières « Perspectives » et « Polémiques », on retrouve une ou deux vidéos selon la pertinence du sujet. La première vidéo se lance toute seule quand la page se charge ce qui peut-être un peu frustrant. Sur le côté on peut dérouler ou ranger une barre de description et une barre « questions ». Il y a ensuite une partie biographie gérée avec des onglets sur lesquels on peut cliquer pour accéder aux biographies proposées. Selon la page il y en a plus ou moins. Et enfin on a une partie concepts au bas de la page dans laquelle il est possible de cliquer sur les différents termes proposés pour en avoir une définition détaillée.

Capture 2

Pour ce qui est de « Chronologie » et « C.C. Camp 2011 », nous avons affaire à des constructions un peu plus originales. Pour la catégorie « Chronologie », une frise se déroule sur toute la longue de la page. On peut y choisir l’année que l’on veut découvrir et accéder aux contenus qui y sont liés. C’est assez intéressant dans le sens où ça délinéarise un peu le propos. On peut choisir d’aller dans l’ordre chronologique ou de s’intéresser à telle ou telle période seulement. Dans « C.C. Camp 2011 », la page présente une cartographie sympathique avec des petits éléments graphiques sur lesquels on peut cliquer. La plupart du temps, on tombe sur une vidéo ou sur une photo avec du texte.

Geek Politics

Malgré quelques points négatifs et peu originaux sur la forme, on a clairement une production rich media qui exploite plusieurs aspects du support sur lequel il est publié. Mais il est sûr qu’il ne rivalise pas avec d’autres web documentaires beaucoup plus interactifs.

Dans le fond, un véritable travail journalistique

Si sur la forme il est vrai que nous ne sommes pas sur quelque chose d’innovant à la vue des progrès que l’on observe dans le domaine au fil des années, dans le fond et son contenu, Geek Politics est un projet complet et riche en informations.

Chaque thématique est traitée avec soin. Des reportages sont là pour approfondir le sujet ainsi que des bouts de texte qui rappellent certains points d’histoire, par exemple « Telecomix » dans la catégorie « Hackers ». Comme évoqué précédemment, on trouve aussi des biographies de personnages clés en lien avec la thématique, le tout agrémenté d’une petite photo sympathique et d’un certain nombre de liens. Enfin, la partie concepts ajoute encore à cet aspect très complet de l’apport informatif.

Pour ce qui est de la chronologie, au-delà du fait que la présentation est agréable pour la navigation et assez bien imaginée sur la base de l’interactivité, on voit un véritable travail sur l’information. Le web documentaire ne se contente pas de traiter l’histoire moderne de l’informatique, il remonte bien plus loin avec l’installation des lignes télégraphiques et autres innovations que l’on jugerait préhistorique aujourd’hui.

Dans la barre de menu, pour ceux qui voudraient pousser le sujet un peu plus loin, les créateurs de Geek Politics ont mis à disposition leur bibliographie. Autre point positif qui appuie d’autant plus leurs propos de par leurs recherches.

Geek Politics se positionne vraiment comme un web documentaire pédagogue qui veut faire disparaître les clichés liés aux personnages de l’informatique. Tout est fait pour que l’internaute ressorte sans lacunes et sans préjugés de cette expérience. Et s’il n’est pas très ludique il reste riche en informations et avance sa problématique avec légitimité. La question qui est posée trouve ses réponses dans l’enchevêtrement des thématiques.