Le grand incendie – Ils se sont immolés par le feu pour se faire entendre


Le grand incendie est un webdocumentaire de Samuel Bollendorf et Olivia Colo. Il traite d’un sujet lourd : l’immolation par le feu de personnes désespérées, sous pression dans leur travail ou leur vie personnelle. Le tout est appuyé par une ambiance pesante et de nombreuses témoignages et phrases chocs. Le webdoc s’ouvre d’ailleurs sur la lecture d’une lettre de suicide. De quoi impliquer fortement l’internaute. Idem avec la numération des dates – nombreuses – d’immolations par le feu en France.

Page d'accueil du Grand incendie

Page d’accueil du Grand incendie

Pendant plus de quarante minutes, l’internaute est invité à suivre deux voies : la « parole des témoins », ou le « discours officiel ». La première correspond aux témoignages des proches des victimes. La veuve d’un employé de France Télécom – Orange, ses collègues, un rescapé d’une tentative d’immolation… De l’autre côté, on retrouve un discours plus institutionnel, comme le traitement médiatique d’un des cas, le discours officiel d’un dirigeant d’entreprise ou encore d’un manager.

On comprend la volonté de montrer les deux discours. Cependant, il est dommage de constater l’importance accordée à la « parole des témoins ». L’intervention de la veuve d’une victime est touchante, sensible, mais on comprend qu’elle est réalisée longtemps après les événements qui l’ont touchés. Ces témoins ont pu faire leur travail de deuil, et c’est normal, mais leur rapport à ces événements marquants est plus serein, plus mûri, alors que le discours officiel tient plus de l’immédiateté : conférence de presse, reportage… Ces pistes sur deux temps différents faussent l’objectivité du contenu global.

Les deux discours représentés par les deux pistes sonores

Les deux discours représentés par les deux pistes sonores

 

Pourtant, Le grand incendie regorge de bonnes idées et est globalement réussi. L’aspect visuel est intéressant. À l’écran, les deux lignes nommées plus haut sont matérialisées à l’écran. La navigation est simple : à tout moment, l’internaute peut passer d’une ligne à une autre, selon le discours qui l’intéresse. Une navigation originale, qui trouve ses limites. Le temps passé sur une ligne s’écoule également sur l’autre. Donc écouter une minute sur de « paroles de témoins », c’est une minute de moins à s’intéresser au « discours officiel ». L’internaute peut toujours revenir en arrière, mais la navigation est peu précise. Il est donc fréquent de reprendre au début d’un thème. Mieux vaut privilégier une lecture linéaire, sur une seule ligne audio, puis revenir au début du webdoc et s’intéresser ensuite à la seconde.

Le webdoc repose donc sur le son. Et c’est de loin le média le plus efficace pour interpeller le public. Les commentaires et interventions sont intéressants, certains passages se démarquent immédiatement, le tout grâce au ton du locuteur. C’est l’audio qui garantit une immersion totale pour l’internaute.

Au final, on regrette de ne pouvoir aller plus loin par une série de liens, de l’intégrale des reportages utilisés, ou encore d’une série d’articles. Il revient donc à l’internaute de prolonger Le grand incendie au-delà du webdocumentaire et de ce qu’en proposent leurs auteurs.

Thomas Toussaint