Google, symbole de la censure en Chine


Alors que Gmail a connu des perturbations en Chine en décembre 2014, Pékin vient de présenter un hymne en l’honneur de la censure. Si les autorités chinoises ont nié une quelconque responsabilité dans les difficultés rencontrées par les utilisateurs du service de courriel électronique de Google, elles n’éprouvent aucune réticence à vanter les mérites de la censure qui fait partie intégrante de la politique de l’empire du Milieu.

Drôle de spectacle pour le Nouvel an chinois. Alors que tout un peuple vient d’entrer dans l’année de la chèvre, la Chine a tenu à officialiser un nouvel hymne. Ils n’ont pas remplacé « La marche des volontaires », mais ont simplement voulu rendre un hommage à Internet. Ou plus précisément, à la censure d’Internet. Intitulé « Cyberspace Spirit » (L’esprit du cyberespace), la chanson a subi tellement de critiques mais surtout de moqueries qu’elle a été censurée par les mêmes individus qui l’ont créé. Ironique, mais significatif de la politique d’un pays dont Google en a fait les frais.

Fin décembre 2014, le géant mondial de l’Internet s’est plaint que plusieurs internautes chinois ont eu des difficultés à accéder à leurs comptes Gmail pendant quelques jours. Alors que Google soupçonne les autorités de Pékin d’avoir une part de responsabilité dans cette affaire, ces dernières ont réfuté toute responsabilité. Il ne serait pourtant pas étonnant qu’il s’agisse d’un nouvel acte dans le combat que se livrent la Chine et Google.

La censure dans les gênes

Le bras de fer que les autorités chinoises ont engagé avec Google est représentatif de la censure d’Internet en Chine. Comme le dit le journaliste Pierre Haski dans son ouvrage Internet et la Chine, « lorsque dans les années 1990 les dirigeants chinois ont été confrontés à l’émergence d’Internet, ils avaient le choix entre deux attitudes : bloquer cette technologie potentiellement dangereuse car vecteur d’informations et d’idées non contrôlées, ou épouser la modernité économique et tenter d’en atténuer les effets négatifs ».

Difficile de vivre coupé du monde et de ne pas suivre la voie du progrès. Alors la Chine a décidé d’opter pour la seconde option soulignée par Pierre Haski. Au pouvoir depuis 1949, le Parti communiste chinois (PCC) – qui est le seul parti autorisé en Chine – fait de la censure son cheval de bataille. Il faut pouvoir éteindre toute opposition et légitimer son pouvoir. C’est ainsi que Pékin a mis la main sur tous les médias, Internet compris.

Internet possède le pouvoir de véhiculer rapidement des informations mais aussi d’exprimer des opinions. Un danger absolu pour un gouvernement qui ne désire pas voire naître une quelconque opposition à la politique qu’il mène. En juin dernier et à l’occasion du 25e anniversaire de la répression des manifestations sur la place de Tian’anmen, les autorités chinoises ont fortement bloqué l’accès à Internet, et surtout à Google et ses différents services. De même pour les manifestations à Hong-Kong en octobre où le réseau social Instagram a rejoint la longue liste des applications bloquées en Chine (Facebook, Twitter).

Fort d’une population massive, et par conséquent d’un nombre d’internautes impressionnants, la Chine ne désire pas prendre le risque de laisser Internet sans surveillance. Et pour mener sa politique de censure, Zhongnanhai, siège du gouvernement chinois, ne lésine pas sur les moyens.

La Chine, « Ennemis d’Internet »

Un tel dispositif de censure fait de la Chine l’un des « ennemis d’Internet » comme le souligne l’ONG internationale Reporters sans frontières. Cette politique draconienne menée par Pékin a conduit Google à abandonner près de 600 millions de clients potentiels. Ce chiffre, qui pourrait fortement augmenter dans les années à venir, représente un marché très attractif pour tout acteur du web. Le géant américain conserve cependant 1,34% de parts de marché en Chine selon les chiffres d’avril 2014 publiés sur le site chinois de statistiques CNZZ. Un peu faible lorsque l’on sait que son équivalent chinois, Baidu, possède 58,76%.

Mais face à tant de censure, peut-on reprocher à Google de ne pas avoir plié face aux autorités chinoises ? Est-ce que Google a fait le bon choix en préférant la liberté d’expression plutôt que l’argent que pouvait rapporter ces centaines de millions de clients supplémentaires ? Imaginons que l’on puisse mettre en prison des « cyberdissidents » car ils ont émis une opinion légèrement différente à la ligne fixée par le Parti communiste chinois, n’est-il pas correct d’éviter de devenir les complices de cette censure ? Il y aurait une cinquantaine d’internautes chinois actuellement derrière les barreaux selon Reporters sans frontières.

Une censure qui, par ailleurs, ne contraint pas uniquement les internautes. Dans un rapport publié le 12 février 2015, 86% des entreprises membres de la Chambre de commerce de l’Union européenne estiment que la censure a un impact négatif sur leurs affaires. Que ce soit des firmes étrangères ou même nationales, elles partagent ce vif sentiment de désaccord vis-à-vis de cette politique gouvernementale chinoise avec le milieu universitaire qui peine à trouver des ressources sur Internet dont les chercheurs ont besoin pour mener leurs recherches et leurs cours.

Bientôt plus possible de contourner la censure ?

Il n’est pas impossible pour un internaute chinois, un chercheur ou encore un simple touriste de consulter des sites extérieurs de manière plus ou moins libre de toute censure. Pour cela, il faut utiliser des petits logiciels regroupés sous l’acronyme VPN, Virtual Private Network. Cependant, début janvier 2015, le gouvernement chinois a annoncé vouloir renforcer la censure sur Internet. Et évidemment, ce sont les VPN, jusqu’à là épargnés, qui sont principalement dans la ligne de mire de Pékin.

Cette annonce s’inscrit dans la volonté du gouvernement de vouloir durcir son contrôle sur Internet. Selon Jeremy Goldkorn, rédacteur en chef du site Danwei et expert d’Internet en Chine, « ces deux dernières années, on a constaté un renforcement constant de toutes les formes de censure sur l’Internet ». Alors pas de quoi rassurer entreprises, universitaires et internautes résidant au sein des frontières de la République populaire de Chine (RPC).

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