Les MOOC : entre idéal pédagogique et réalité mercantile


Les MOOC ou Massive Online Open Courses permettent à des milliers d’étudiants de suivre ensemble le même cours, peu importe leur situation géographique ou financière, grâce à une plateforme en ligne gratuite. Créés initialement dans un objectif de démocratisation du savoir à l’échelle internationale, les MOOC sont aujourd’hui devenus un véritable business.

Qui n’a jamais rêvé de suivre les cours d’une prestigieuse université américaine ? Grâce aux MOOC ou Massive Online Open Courses, il suffit de posséder une connexion Internet pour s’assoir virtuellement dans un amphithéâtre de Harvard, de Stanford ou du MIT. À partir de vidéos, de ressources documentaires et d’échanges entre participants, ces cours numériques promettent à leurs inscrits l’acquisition de véritables compétences professionnelles.

« Les apprenants sont enchantés d’être enrôlés dans des formations estampillées auxquelles ils n’auraient jamais rêvé avoir accès et qu’ils ne pourraient s’offrir autrement, notamment en raison de leur coût. » s’enthousiasme Eric Bruillard, expert reconnu du numérique. Imprégnées des valeurs au coeur même de la naissance d’Internet, ces plateformes se veulent ouvertes et gratuites. John Daniel, vice-recteur de l’Open University les vante comme « une voie d’avenir » pour l’enseignement universitaire des pays en développement.

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Les MOOC : limites d’une utopie

« Chez nous aux Comores, le problème c’est l’électricité qui manque totalement et la connexion très chère » se désole un témoin de RFI, bloqué dans sa quête du savoir par des aspects techniques. Aux Comores, seulement 0,02% de la population bénéficie d’un abonnement Internet haut débit. En plus de ces contraintes logistiques, participer à un MOOC requiert une certaine habitude du web et de l’informatique, des usages peu répandus dans les pays en développement.

Autre limite : la motivation. En moyenne, 90% des inscrits à un MOOC ne vont pas jusqu’à la fin. Il ne suffit pas d’ouvrir l’accès à un savoir pour que les personnes s’y précipitent, il faut réussir à les intéresser durablement. « Personnellement les cours en ligne ne me donnent aucune motivation, au contraire cela accentue ma paresse. » confie un autre témoin de RFI. Si certains apprécient de pouvoir regarder n’importe où leur cours, l’interrompre et le reprendre selon l’envie, d’autres souffrent de ce manque d’encadrement. Le modèle pédagogique proposé par les MOOC ne convient pas à tout le monde.

Le business derrière la « révolution MOOC »

Une des plateformes les plus populaires, Coursera, est une entreprise privée avec des objectifs de rentabilité. Comment génère-t-elle des revenus alors que les MOOC sont proposés gratuitement ?

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La gratuité des MOOC est assez relative. De nombreuses plateformes proposent des services « premium » moyennant paiement. Pour obtenir la certification des compétences acquises durant le cours, l’étudiant doit bien souvent mettre la main au portefeuille.

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Pour accéder à la formation pratique, l’étudiant devra payer (source : First Business Mooc)

L’ambition des pionniers était fort éloignée de ces considérations mercantiles : il s’agissait, en considérant que l’éducation est un droit humain fondamental, de démocratiser l’accès à la connaissance.
Christian Depover

Pour limiter les coûts, Coursera ne produit pas elle-même ses cours, mais noue des partenariats avec des universités américaines. Pour ces universités, l’enjeu est d’ordre marketing. En étendant leur influence dans le domaine de l’apprentissage en ligne, elles gagnent en réputation tout en apparaissant plus modernes aux yeux du public. À terme, les MOOC risquent d’accroitre davantage le fossé entre les grandes écoles capables de financer ce type d’innovation et les établissements de taille plus réduite…

Coursera ne rétribue pas directement les enseignants chargés de ses cours en ligne : elle leur propose une publicité avantageuse pour leurs ouvrages. Les entreprises aussi y voient leur intérêt. En achetant les bases de données de ces plateformes, les recruteurs peuvent repérer les apprenants les plus prometteurs. « Pourquoi recruter au hasard dans le domaine de l’informatique quand on peut, par exemple, choisir les 100 meilleurs étudiants parmi les 300 000 qui ont participé à un cours ? » s’exclame Thierry Karsenti, chercheur en technologies de l’information.

Les entreprises sponsorisent aussi les cours en rapport avec leur domaine d’activité, transformant les MOOC en espace publicitaire. « L’ambition des pionniers était fort éloignée de ces considérations mercantiles : il s’agissait, en considérant que l’éducation est un droit humain fondamental, de démocratiser l’accès à la connaissance en particulier pour les étudiants résidant dans les pays les plus pauvres ou dans les banlieues les plus démunies. » regrette Christian Depover, chercheur en e-learning.

La concurrente directe de Coursera, edX est une plateforme à but non lucratif qui utilise un logiciel Open Source, proche de l’idéal fondateur des MOOC. Des chercheurs se penche sur la gamification et la scénarisation des cours pour lutter contre les 90% d’abandon.


A propos Emeline Gaube

Passionnée depuis toute petite par l'écriture et le graphisme, Emeline se destine à une carrière de rédactrice graphiste dans la presse. Elle s'intéresse particulièrement au phénomène des infographies et data visualisations. Récemment diplômée en création publicitaire, elle lance son activité free-lance de design d'information, dépix.fr (www.depix.fr).