Le premier jeu vidéo typographique signé Arte


Nous les utilisons tous quotidiennement sans pour autant y prêter attention… Les caractères typographiques nous suivent depuis près de 600 années. Une histoire mise en scène dans Type:Rider, premier jeu vidéo typographique publié en octobre 2013 par Arte.

La chaîne franco-allemande lançait en 2008 son premier webdocumentaire. 5 ans plus tard, elle s’attaque au domaine des jeux vidéos. « On considère aujourd’hui qu’il faut avoir une stratégie pluri-médias » déclare Alexander Knetig, chargé de programmes interactifs pour Arte France, contacté par 20 minutes. En reprenant les codes des jeux de plateforme à succès, elle réussit à se hisser entre les Lapins crétins le Big Bang et Angry Birds Star Wars II sur l’App Store, avec 40.000 téléchargements payants.

Un documentaire qui reprend les mécanismes de base du jeu vidéo

Le joueur doit réunir les 26 lettres de l’alphabet dissimulées à travers le décor.

Type:Rider, de l’anglais « cavalier de la typographie », nous invite à parcourir un univers onirique où lettres et signes de ponctuation s’animent. Nous incarnons ainsi deux points noirs qu’il va falloir garder liés malgré brèches et pièges. Chaque niveau de ce jeu de plateforme est consacré à une police en particulier. De l’archaïque Gothic à la moderne Helvetica, nous nous efforçons de réunir les 26 lettres de l’alphabet dissimulées à travers le décor. Certains caractères capricieux demandent dextérité et persévérance à ceux qui veulent les attraper. La difficulté du jeu repose également sur ses énigmes. Les développeurs reprennent ici les classiques du genre, systèmes de balance, caisses à déplacer, mécanismes à base d’eau, gravité… En réalisant certains exploits, nous pouvons même débloquer des trophées.

En progressant, le joueur débloque des contenus informatifs.

Autre surprise, en prenant les astérisques disposés sur le chemin, nous accédons à des documents sur l’histoire de la typographie. Comment est née l’écriture typographique ? C’est une des nombreuses questions auxquelles répond Type:Rider. « L’idée de Type:Rider était d’amener le joueur à mieux connaître ces caractères qu’il manie tous les jours sans pourtant prêter leur attention. » explique Charles Ayats, co-créateur du jeu, dans le Blog Documentaire.

Arte a été une des premières chaînes françaises à se lancer dans le « news game ». Il s’agit de combiner documentaire journalistique et divertissement vidéoludique. Le concepteur de ces objets multimédia cherche à informer son public tout en l’amusant. `

Un univers au service du documentaire

Les images d’archives se transforment en décor et même en obstacle !

Tout l’univers graphique et sonore a été pensé au service de l’objectif informationnel. En sautant d’une lettre à l’autre, nous découvrons également leurs particularités. Les empattements, ces extensions au bout de certains caractères, peuvent vous sauver la vie plus d’une fois ! Au contraire, les niveaux dédiés aux polices rectilignes s’avèrent des plus difficiles.

La musique et l’apparence des niveaux s’inspirent de l’ambiance historique de chaque police. Ainsi, pour Didot, le niveau est bercé par des chants de clarinette et d’oiseaux, en référence à la cour de Louis XIV. Les images d’archives composent les décors de ce jeu. Un portrait de Firmin Didot sert de fond à un casse-tête. Le vase renversé d’une mosaïque se transforme en obstacle aquatique pour le joueur. La chaîne culturelle se réapproprie à la perfection ces images classées dans le domaine public. Sans même lire les textes proposés tout au long de ce documentaire ludique, nous apprenons sur la typographie.

Autre touche d’originalité. Le documentaire se décline en exposition physique où les visiteurs transforment le parcours des deux points en déplaçant des lettres sur un mur lumineux. Un jeu social également édité par Arte reprend le même principe. Les développeurs ont laissé accès au moteur graphique de Type:Rider sur Facebook. Un internaute peut facilement créer son propre niveau et le partager ensuite à ses amis. Une publicité gratuite et efficace pour ce news game au modèle économique audacieux. Là où les web documentaires ne permettent pas de rentrée d’argent directe pour un média, la chaîne franco-allemande vend son nouveau bijou à 2,99 euros sur l’App Store. Et elle compte bien continuer dans sa lancée. «On est très présents auprès de jeunes auteurs et de jeunes créateurs pour voir ce qui se fait de mieux», indique Alexander Knetig, qui réfléchit déjà à d’autres projets transmédias pour son entreprise.

Les points forts :

– l’univers original, soigné et varié
– les codes du jeu vidéo respectés
– la difficulté progressive
– la dimension transmédia (l’exposition et le jeu social)

Les points faibles :

– la présentation banale des informations (un texte avec une image)
– la mauvaise intégration des informations (pour lire, on doit se couper du jeu)
– des problèmes d’interface et de caméra
– la jouabilité n’est pas au point, la physique du jeu est délicate à prendre en main


A propos Emeline Gaube

Passionnée depuis toute petite par l'écriture et le graphisme, Emeline se destine à une carrière de rédactrice graphiste dans la presse. Elle s'intéresse particulièrement au phénomène des infographies et data visualisations. Récemment diplômée en création publicitaire, elle lance son activité free-lance de design d'information, dépix.fr (www.depix.fr).