Netwars, webdoc illustrant la cyberguerre


Webdoc : Netwars
Diffuseur : Arte
Date de mise en ligne : Avril 2014

Vicieux virus qui paralysent nos ordinateurs, cyberattaques militantes estampillées Anonymous, écoutes révélées de la NSA, recueil de données personnelles par les entreprises du net, la vraie-fausse suppression de ces données par des start-up pseudo-vertueuses comme Snapchat… Quand on parle de cyber-menace on ne sait vite plus où donner de la tête. Nous savons qu’il y a un problème quelque part, mais nous ne savons pas lequel est-ce. Et plongés dans l’ignorance, nous – internautes de base – perpétuons des comportements que nous savons à risque. Que faire d’autre sinon tomber dans la paranoïa ?

Mais cette menace diffuse a pris récemment une dimension étatique, lorsque la Corée du Nord, vexée par une comédie américaine qui parodie le régime, a orchestré le piratage de Sony. Un mot a alors surgi des « Google trends » : cyber-guerre.

« Quelles réelles menaces se cachent derrière la cyberguerre ? »

C’est là que Netwars entre en scène. Ce webdocumentaire publié l’été dernier tente de répondre à la question : « quelles réelles menaces se cachent derrière la cyberguerre ? ». Et y apporte des réponses quasi-prophétiques aux vues des derniers événements. Issu d’un projet transmedia d’Arte, ce webdoc accompagne un documentaire TV, une série télé et une application roman graphique (qui ressemble à s’y méprendre à un newsgame comme on peut le voir dans ce trailer). Comme c’est souvent le cas avec les productions d’Arte, les différentes déclinaisons du projet portent le même message. La dimension transmedia est là avant tout pour élargir l’audience.

A noter que sur le site d’Arte, Netwars est présenté tour à tour comme un jeu documentaire ou comme une websérie. Dans cet exemple, on voit que les développeurs de Netwars n’identifient pas spécifiquement leur travail comme un webdocumentaire et emploient plusieurs termes pour le qualifier. On retrouve la problématique de l’indéfinitude du webdocumentaire, qui regrouperait une multitude de format.

Mais il faut dire, pour en revenir à Netwars, que ce webdocumentaire a une trame narrative très linéaire. Avec en premier lieu, une division en 5 épisodes qui explique certainement l’utilisation du terme « websérie ».

Première chose à noter lorsqu’on débute l’expérience, c’est que Netwars s’articule entièrement sur un élément fictionnel particulier : la présence face caméra d’un homme d’affaire particulièrement cynique qui va – sans que l’on connaisse ses motivations exactes, au début – présenter et contextualiser les différents enjeux de la cyberguerre.

C’est lui qui introduit les différents sujets abordés et les passages interactifs de la série. La fiction sert dans ce webdoc d’outil d’immersion, et de transition entre les différents thèmes. Les contenus de ces thèmes ne sont eux pas fictionnels. Ils s’appuient sur des faits réels (comme la création de Stuxnet par les américains et les israéliens pour endommager les installations nucléaires iraniennes), de l’investigation et des témoignages d’experts.

Chaque épisode se constitue d’une intervention d’experts et d’un élément interactif. Des épisodes relativement courts et faciles à assimiler, puisqu’on fait en moyenne face au personnage « cadre » de la série quelques 5 minutes entrecoupés d’expérience interactive à durée variable (selon si l’on écoute tous les experts ou si l’on prête attention à toutes les infographies).

[toggle title= »Les thèmes abordés par les 5 épisodes »]Episode 1 : Out of Ctrl.

Introduction + les failles de sécurité provoquée par nos comportements ou par nos systèmes informatiques.

Episode 2 : Attaque à distance.
Nos industries et sites sensibles sont également menacées.

Episode 3 : Sauvegardez votre vie.
L’empreinte numérique + la surveillance des organisations gouvernementales

Episode 4 : Piratage de l’esprit.
Désinformation et manipulation orchestrées par les espions du net (avec l’exemple d’une campagne militaire numérique américaine).

Episode 5 : L’industrie de la peur.
Décrit un système visant à nourrir le marché mondial de la cyberscurité.[/toggle]

De ce point de vue, l’interactivité est assez limitée puisque l’internaute se laisse guider tout au long de l’épisode par le personnage (charismatique, s’il en est). Et on comprend tout de suite l’aspect dirigiste du webdoc à son interface : en bas, une droite rectiligne, qui sert à se situer temporellement dans l’épisode, et qui permet d’aller d’un passage à un autre.

Une véritable originalité tout de même : les développeurs ont profité du cadre technique (visionnage sur ordinateur) du webdocumentaire pour exploiter les données du vidéonaute comme le ferait un logiciel-espion. Voilà qui appuie efficacement le propos alarmant (voire paranoïaque) du locuteur.

Comme du petit lait

Mais plus que l’interactivité, dont on fait habituellement l’argument vendeur des webdocumentaires, ce sont la mise en scène et la réalisation qui font de Netwars une expérience immersive. Travaillées pour coller au sujet et au ton de l’acteur, les images sont ponctuées d’écrans noirs, d’effets « zapping », de plans serrés et de sons numériques qui nous plongent dans l’ambiance.

Dans ce webdoc, on ne redéfinit pas les rôles de ce qu’on pense devoir favoriser l’immersion. L’interactivité y est indispensable mais ne sert que d’outil d’articulation. On n’invente rien. La puissance de la mise en scène, de la narration et du jeu d’acteur (très réussi) sont utilisés comme principaux vecteurs d’immersion. La structure linéaire ne figure alors pas du tout comme un obstacle, quand sa division en épisode permet à l’internaute de visualiser sa progression et maintenir son intérêt (alors qu’il aurait pu se fatiguer d’un documentaire fait d’un seul bloc). Un concept simple et efficace.