Anonymous, derrière le masque


Depuis plusieurs années, le collectif Anonymous mène plusieurs actions sur Internet pour défendre la liberté d’expression. Eclairage sur une organisation atypique et la communauté de hackers, moins médiatisée, à laquelle elle appartient. 

« We are Anonymous. We are legion. We do not forgive. We do not forget. Expect us ». Cette devise, vous l’avez probablement déjà entendue. Le collectif de hackers Anonymous en a fait son slogan. Ces derniers ont gagné en notoriété dès 2008 suite à une série d’attaques informatiques menée contre l’Eglise de scientologie qui avait censuré une vidéo sur Internet. Depuis, ils se sont régulièrement manifestés pour défendre la liberté d’expression et lutter contre les groupes, les institutions ou les gouvernements qui, à leur yeux, peuvent y nuire. Ils militent également pour la liberté d’Internet. Les Anonymous sont souvent présentés comme des hacktivistes (contraction entre hackers et activitstes).

Le collectif est flou mais se caractérise par plusieurs aspects :

We_are_anonymous♦ Un attachement à la liberté d’expression sous toutes ses formes

 Un mode opératoire. Les Anonymous attaquent souvent un site par déni de service ou usurpation d’adresse IP. Dans la rue, le collectif appelle régulièrement à la désobéissance civile en guise de protestation. En public, les membres d’Anonymous portent fréquemment le masque de Guy Fawkes, personnage principal de la BD « V pour Vendetta« 

 Une organisation décentralisée. Il n’y pas de leader au sein des Anonymous. Certains bénéficient d’une plus grande influence du fait de leur implication mais personne ne peut imposer ses choix ou sa politique.

 Il est impossible de rejoindre officiellement les Anonymous. Tout le monde peut s’en réclamer et mener des opérations au nom de ce collectif.

Hackers, un terme mal compris

Le mot « hackers » peut revêtir une connotation dépréciative auprès du grand public. « Au départ, il s’agissait d’une sorte de titre de noblesse utilisé au MIT pour désigner un étudiant particulièrement doué, notamment en sécurité informatique » explique Jean-Marc Manach, journaliste spécialiste d’Internet et de sécurité informatique. « C’est à partir des années 80, quand des gamins ont commencé à pirater certains sites, que les médias ont réutilisé ce mot de manière péjorative. »

Si le collectif Anonymous bénéficie d’une importante résonnance médiatique, les hackers défendent la liberté d’Internet depuis la création du réseau.

Des actions remises en cause

Malgré plusieurs caractéristiques, il n’est pas aisé d’identifier précisément les membres d’Anonymous. D’autant plus que, sans leader, le collectif présente de nombreuses contradictions. Après le massacre à Charlie Hebdo, le 7 janvier dernier, plusieurs hackers ont lancé, sous l’étendard « Anonymous », une cyber-guerre contre les mouvements jihadistes. L’accès au forum islamiste « Ansar Al Haqq » a ainsi été rendu impossible. « Cette méthode est paradoxale à leurs valeurs. Ils défendent la totale liberté d’expression sans censure en empêchant l’autre de parler » estime Jean-Marc Manach, journaliste spécialiste du web et de la sécurité informatique.

Les opérations Anonymous peuvent même représenter une menace pour la sécurité. « Les attaques menées contre les sites jihadistes ont nuit au travail des enquêteurs judiciaires » affirme Jean-Marc Manach avant de rappeler, qu’en 2012, des membres d’Anonymous avaient rendu public des informations sur des pédophiles. « C’est un geste extrêmement dangereux et inconscient » dénonce-t-il.

Les hackers, défenseurs de la liberté d’Internet ?

La majeure partie des hackers ne sont pas des pirates informatiques. Au contraire, plusieurs d’entre eux estiment être les défenseurs de la liberté d’Internet. Une idéologie très présente depuis la naissance du web qui refuse toute souveraineté sur le réseau. Cela passe par la liberté d’expression, la transparence des institutions et le respect de la vie privée. Un concept mis à mal par les grosses entreprises du net (Google, Apple, Facebook, Amazon…) qui disposent de plusieurs moyens de pression ou encore de l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers). Une organisation californienne de droit privée qui attribue les noms de domaine et collabore avec le gouvernement américain.

De nombreux hackers luttent contre cette forme de souveraineté imposée. D’autres, « préfèrent garder l’ICANN car, sans elle, ce sera sûrement l’ONU qui prendra la main pour gérer les noms de domaine. L’ONU, c’est le Conseil de sécurité avec la Chine et la Russie qui pourraient nuire, encore plus, à la liberté » souligne Jean-Marc Manach.

Le spécialiste estime d’ailleurs que c’est le rôle de chaque internaute de protéger ses données et qu’il n’est pas bon de compter uniquement sur les hackers. « Tout le monde sait que les entreprises et les gouvernements utilisent nos informations personnelles pour nous surveiller. Mais il y a plus à craindre d’un proche qui nous veut du mal plutôt que de la NSA » prévient-il.

Les journalistes sont particulièrement concernés par la mise en garde de Jean-Marc Manach. « Plusieurs d’entre eux ne veulent pas s’intéresser à la sécurité informatique parce qu’ils ne savent pas comment faire alors qu’il est extrêmement simple d’apprendre. Du coup, ils ne savent pas protéger leurs sources ». A l’ère du numérique, la liberté de la presse passe par une bonne compréhension d’Internet.

Sur son blog, Jean-Marc Manach donne quelques conseils à appliquer aux journalistes pour éviter tout espionnage. 

Conseils sécurité informatique