La médecine, nouvelle conquête de Google


Fin octobre 2014, le géant de l’Internet Google annonçait travailler sur un projet de « nanodiagnostic révolutionnaire ». Un projet qui a surpris beaucoup de monde mais qui, en y regardant de plus près, n’est pas une révolution dans l’univers du célèbre moteur de recherche.

Lorsque l’on vous dit « Google », la première chose qui vous vient à l’esprit c’est forcément « moteur de recherche » . En réfléchissant, vous allez peut être aussi penser à « Maps« , « Drive » ou encore « réseau social » avec « Google+ » . Mais il va falloir vous habituer désormais à penser Google en « médecin » ou en « scientifique ».

Depuis plusieurs années maintenant, le géant du web s’est transformé en chercheur médical en créant notamment son pôle spécifique « Google X Life Sciences » . Des travaux rendus possibles par les moyens financiers colossaux que possède Google mais aussi grâce aux bases de données gigantesques dont il dispose. Et ceci grâce à vous. Les informations que vous transmettez à Google sont soigneusement gardées et servent aujourd’hui à faire avancer la science … par Google.

Des avancées de plus en plus incroyables

Avant d’en arriver aux nanoparticules permettant de détecter les maladies, Google a depuis longtemps avancé dans le secteur médical.

  • Le célèbre moteur de recherche a lancé, il y a quelques années maintenant, « Google Médical » . Une sorte de « Google Search » mais pour les médecins et les scientifiques qui donne accès à d’innombrables informations sur les différentes maladies connues à ce jour et leurs traitements. Il permet aussi d’accéder aux cours, aux conférences ou encore aux congrès se déroulant dans le monde et faisant avancer la médecine.
  • Plus connu et plus médiatisé, la « Google Car ». Cette voiture sans conducteur pourrait servir à l’avenir aux personnes mal voyantes ou non voyantes et ne pouvant pas se déplacer en voiture sans l’aide d’une personne valide. La « Google Car » fonctionne avec l’application « Maps » , qui fait office de GPS, et grâce à un système de détection d’objets et de mouvements.
  • Google a aussi créé des lentilles de contact connectées qui servent notamment pour les personnes diabétiques. Ces dernières peuvent connaître leur taux de glycémie en temps réel et ainsi réagir à la moindre alerte.
  • Enfin, l’invention la plus connue de Google a pour nom « Google Glass » . Ces lunettes permettant d’afficher des contenus Internet en surimpression de la vue n’a pas réussi à prendre son envol dans le civil. Mais dans le domaine médical, les « Google Glass » ont révolutionné certaines techniques. Plusieurs opérations en France et aux Etats-Unis ont été filmées puis diffusées sur Internet dans un but pédagogique. Désormais, les étudiants en médecine peuvent apprendre une technique d’opération directement grâce à des vidéos postées sur le Net. Cette nouvelle technologie a aussi permis une meilleure transmission des informations entre médecins mais aussi la mise en place d’un système de vidéoconférence entre un ambulancier et l’hôpital dans l’espoir de maintenir un patient en vie lors de son transfert en urgence.

Un avenir médical proche de la science-fiction

Mais Google veut aller encore plus loin. Son objectif a moyen terme est d’augmenter l’espérance de vie d’environ vingt ans en luttant contre le vieillissement. Pour cela, plusieurs expériences et recherches sont en cours dans les laboratoires de « Google X Life Sciences » .

  • Tout d’abord, la firme américaine veut développer son projet présenté en octobre. Des nanoparticules destinées à la détection précoce de maladies comme les tumeurs, les crises cardiaques ou les AVC. Autrement dit, Google aimerait faire circuler dans le sang de chacun des particules nanoscopiques. Celles-ci se fixeraient sur les cellules de notre corps et pourraient ainsi prévenir les médecins lorsqu’une cellule commence à être malade. Les particules seraient injectées dans le corps grâce à des comprimés.
  • Google veut également « deviner les maladies » grâce à un mélange et un croisement des séquences ADN des individus. Ceci pour déterminer les caractéristiques communes de certains individus et ainsi leurs donner un traitement efficace. Google rêve même à long terme de « personnaliser les traitements ».
  • La détection de maladie passe aussi par le « data mining » . Autrement dit, Google voudrait lutter contre les maladies et le vieillissement par le croisement de bases de données et d’algorithmes provenant des individus ayant donnés des informations à Google.
  • Enfin, le groupe cherche à développer un système qui permettrait aux patients d’entrer gratuitement en discussion avec un médecin lors d’une recherche sur leur santé. Le spécialiste pourrait ainsi donner un diagnostic et des conseils à distance et en direct à n’importe quel patient.

Google croit dur comme fer à la mise en application de ces technologies. Pour eux, dans dix ou vingt ans, la médecine fonctionnera comme il l’imagine aujourd’hui. Un avis que résume parfaitement Andrew Conrad, directeur de « Google X Life Sciences » et ancien chef scientifique de « LabCorp » , géant américain des analyses médicales, dans cette phrase :  » Dans tous les cas, l’idée est la même : transformer radicalement le diagnostic médical. Nous voulons passer d’un diagnostic réactif, effectué une fois que la maladie s’est déclenchée, à un diagnostic proactif, qui se ferait tout au long de la vie » .

Des investissements à buts financiers et commerciaux

Face aux investissements de Google, une question vient immédiatement à l’esprit : pourquoi le géant du web fait-il cela ? Laure Joly, maître de conférence à la faculté de médecine de Nancy, praticienne hospitalier des universités et spécialiste en gériatrie et cardiologie avance deux hypothèses. « Le but premier est financier. La médecine est un domaine très lucratif. Si Google arrive à développer des nouvelles technologies, ils peuvent les vendre et gagner énormément d’argent. La deuxième explication est commerciale. Google en annonçant le développement de nanodiagnostic vend sa marque, fait de la communication. Imaginez si une entreprise trouve un moyen de prévenir un cancer ou une tumeur, son nom restera dans l’Histoire et sera reconnu mondialement » .

Pourtant, Laure Joly reste prudente face aux annonces de Google : « Il y a beaucoup de communication mais on ne connait pas leur véritable capacité dans le domaine médicale, s’interroge-t-elle. Google a un laboratoire très secret, on ne sait pas ce qu’il s’y passe. Maintenant, pour réussir dans la médecine, il faut des moyens financiers colossaux et du temps. Et cela Google l’a » .

Donc lorsque Google dit qu’il veut fait vivre les humains jusqu’à 200 ans ou être immortels, c’est possible ? « L’immortalité est un fantasme universel. Beaucoup de scientifiques ont tenté de faire cela. Mais si Google veut le faire, je demande à voir » .

La profession de médecin en danger ?

Mais les médecins dans tout cela ? Face aux investissements massifs et aux souhaits de Google de voir un individu détecter par lui-même ces maladies, sont-ils inquiets ? Leur profession est-elle menacée ?

Nous avons posés la question à Jean Bordillon, médecin généraliste près d’Annecy.

Laure Joly, comme le docteur Bordillon, ne croit pas à la fin des médecins. Au contraire, pour elle, c’est une chance. « Le développement de Google dans le domaine médical est positif et n’est pas réducteur pour les médecins. Bien au contraire, ils peuvent collaborer avec l’entreprise. Les algorithmes ou les statistiques peuvent apporter des solutions. Ce qui peut changer en revanche c’est la vision du médecin dans la société mais on ne pourra pas non plus remplacer l’humain », conclut-elle.