L’Internet pour tous


Les géants de technologie prennent le défi de rendre l’Internet accessible aux pays et personnes défavorisés. Des différents projets et inventions nous laissent penser que l’évolution de l’Internet peut atteindre des dimensions jamais imaginées et qu’elles peuvent même dominer le ciel. Tout pour que la connexion soit, bientôt, disponible pour vraiment tout le monde.

Aujourd’hui, tout le monde est connecté sur Internet tout le temps. Une affirmation répétée à tort et à travers, mais qui n’est pas tout à fait vraie. Encore 59% de la population mondiale (soit 4,3 milliards d’individus) n’a pas accès à l’Internet, selon une étude de l’Union internationale des télécommunications (UIT). Un chiffre qui paraît incroyable en 2015, quand l’Internet est devenu une partie essentielle de la vie et du travail de beaucoup de personnes. Pour changer cette réalité, quelques géants de l’Internet ont des projets pour rendre la connexion plus accessible.

C’est le cas de Facebook, qui a créé l’Internet.org, en partenariat avec des entreprises de technologies et de supports mobiles. Un grand projet qui a parmi ses outils, une application mobile qui offre un accès gratuit à une sélection de sites Internet. Il s’agit bien évidemment de Facebook mais aussi de sites à propos de la météo, de l’éducation, de la santé, de l’emploi.

Annoncé en juillet 2014, Internet.org est déjà disponible au Kenya, Zambie et Tanzanie et depuis janvier 2015, aussi en Colombie et au Ghana. Lors du lancement de l’application, Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook a déclaré : « Une croyance commune est que si les gens achètent des smartphones, ils auront accès aux données. Mais ce n’est pas tout à fait vrai. Dans la plupart des pays, le coût d’un plan de données est beaucoup plus cher que le prix du smartphone lui-même ». Avec son projet à but non lucratif, Facebook veut étendre la connectivité qui « doit être un droit de l’Homme » selon Zuckerberg.

[Vidéo en anglais]

LES EXPÉRIENCES EN COLOMBIE

La Colombie est le premier pays des Amériques à recevoir l’Internet.org et l’application est disponible pour les clients de la compagnie mobile Tigo. Même si ses utilisateurs ne savent pas encore très bien comment cela fonctionne. « Je l’ai sur mon portable, mais je ne savais pas qu’il y avait d’autres sites Internet disponibles à part Facebook » raconte Juan Felipe Marquez, client Tigo.

Voulez-vous utiliser Facebook gratuit?

Voulez-vous utiliser Facebook gratuit?

Cela est une confusion bien compréhensible. Le marketing de l’application en Colombie est fait tout autour du réseau social. « Je reçois souvent des messages sur ma page Facebook en disant que tel ou tel ami utilise le Facebook gratuit. Il n’y a jamais rien à propos des autres sites Internet de l’application » relate la colombienne Mariana Botero. « Les publicités de Tigo renforcent encore cette idée en offrant des forfaits chez eux pour avoir Facebook gratuit » rajoute-t-elle.

Bien évidemment, le but du plus grand réseau social au monde est d’augmenter son nombre d’utilisateurs – voire clients potentiels – et le faire avec une bonne action, ce qui semble une manœuvre parfaite. Il est indiscutable que l’offre de connexion gratuite est importante pour le développement des pays plus défavorisés. Toutefois, il est dangereux de réduire l’expérience d’utilisateur à Facebook – ou n’importe quelle entreprise – et le laisser croire qu’Internet n’est que cela.

Du côté opérationnel, l’application n’est pas encore très satisfaisante pour ceux qui avaient déjà une connexion mobile. « J’ai commencé à l’utiliser, mais l’application prend beaucoup de temps pour télécharger les photos et vidéos. Alors je suis revenu à la 3G de mon téléphone pour accéder Facebook et les autres sites Internet », raconte la colombienne Camila Niño.

POUR GOOGLE, PAS MÊME LE CIEL N’EST LA LIMITE

Google partage aussi l’idée  qu’il est important de faire tout le possible – ou dans ce cas là, presque l’impossible – pour rendre l’Internet accessible à tous. Le projet Loon, très ambitieux, a pour but de développer l’accès à Internet dans les zones non couvertes (ou avec un signal trop faible et cher) par l’intermédiaire de ballons stratosphériques. « Cette idée peut sembler farfelue, mais elle repose sur des bases scientifiques solides », a commenté Mike Cassidy, directeur de Loon, lors de la présentation du projet.

Il s’agit des ballons gonflés à l’hélium et équipés pour diffuser des signaux en direction du sol ou des autres ballons en offrant une connexion Internet à haut débit. Ils sont lancés dans l’espace pour qu’ils s’envolent jusqu’à la stratosphère, soit à environ 20 000 mètres du sol. Largement au-dessus de là où circulent les avions et où se passent les phénomènes météorologiques.

Les ballons sont contrôlés par des algorithmes mais utilisent aussi les courants de vents pour se déplacer et créer un réseau de communication. Le nouveau système pourrait aussi garantir une meilleure communication dans les cas de catastrophes naturelles qui pourraient affecter les manières actuelles de connexion.

[Vidéo en anglais]

Le projet a été annoncé en 2013 et son premier essai a été mis en place en Nouvelle Zélande, quand 30 ballons ont été lancés et qu’un groupe de personnes désigné a réussi à avoir une connexion Internet. Les essais continuent en Nouvelle Zélande, en Californie et au Brésil.

Le principal obstacle pour l’instant c’est la durabilité des ballons dans la stratosphère. Mais les perspectives sont encourageantes, vu qu’au début les ballons ne survivaient que dix jours et qu’ils peuvent maintenant rester jusqu’à 100 jours dans l’air sans se dégonfler.

Pour améliorer cela, Google a passé, en décembre, un partenariat avec le Cnes (Centre national d’études spatiales). L’agence française va porter son expertise avec les ballons stratosphériques au projet.

D’AUTRES PROJETS DANS LE MÊME BUT

Le rêve de donner une connexion Internet au monde entier (et avoir plus de clients potentiels, il faut le dire) est aussi partagé par d’autres sociétés qui ont leurs propres projets. SpaceX, entreprise dirigée par Elon Musk, a présenté, en janvier, son projet de construction de connexion par satellites, pour rendre Internet plus accessible dans le monde entier. Le projet est encore en phase de captation de fonds et même si Google a ses propres plans, il est l’un des possibles – gros – investisseurs.

À long terme, M. Musk espère aussi que ces satellites puissent être utilisés pour une communication sur Mars, idée un peu mégalomaniaque, mais en s’agissant de SpaceX, il faut pas douter.

Dans le même esprit, les entreprises Virgin et Qualcomm ont annoncé leur partenariat avec OneWeb, une entreprise d’Internet par satellite. Le but est de faire avancer la construction et l’inauguration d’une constellation de satellites pour fournir l’Internet directement aux utilisateurs.

Tant d’autres idées sont en train d’être testées, renforcées et mises en œuvre, y compris un autre projet de Google en utilisant des drones ; ainsi qu’un de Facebook, avec des satellites, drones et lasers. Le but est toujours que la connexion soit aussi indispensable qu’ordinaire dans la vie de – vraiment – tout le monde.