Le big data à la rescousse de la médecine ?


Le big data peut-il sauver des vies ? À en croire l’investissement de 130 millions de dollars effectué par Google Ventures pour financer la start-up Flatiron Health en mai 2014, le géant américain semble depuis longtemps le penser. Mais quels sont les horizons médicaux qu’ouvre la collecte des données numériques ?

Dans le cas de Flatiron Health, l’objectif est de parier sur la médecine prédicative. En analysant les données médicales de plusieurs millions de patients, la firme américaine cherche à dépister des maladies génétiques avant qu’elles ne se déclarent. Interrogé sur la question par BMFTV, le professeur à l’École des hautes études en santé publique Étienne Minvielle a déclaré que “les big data donnent des moyens d’analyse du génome humain qui vont avoir des retombées fantastiques sur le risque de survivre à une maladie, et aussi sur les thérapies les plus appropriées, donc sur les pratiques médicales et le parcours des soins”. La gestion des patients se fera alors “sur-mesure” pour l’expert.

Cette médecine personnalisée est le deuxième avantage de la collecte des données médicales. Les diagnostics basés sur le croisement des dossiers de milliers de patients permet d’affiner les thérapies les plus efficaces pour tout type de pathologie. La recherche pharmaceutique en tire elle aussi des gains en analysant des schémas de soins et d’utilisation des médicaments pour déterminer lesquels sont les plus efficaces et les plus rentables. À Singapour, un hôpital a expérimenté une politique d’analyse. En recoupant les données de ses patients réadmis à plus de deux reprises pour créer un modèle prédictif, l’hôpital anticipe des demandes de soins un mois à l’avance pour les patients souffrant de maladies chroniques. Une stratégie élaborée pour mieux gérer son approvisionnement en matériel et en médicaments.

Le big data initiateur de nouvelles méthodes de recherche

Pour le professeur Ernest Fraenkel, chercheur au MIT, le big data va même permettre de repenser la manière d’étudier le vivant pour créer de nouveaux médicaments. Dans son domaine, la biologie, la méthode de recherche classique consiste à partir d’une hypothèse pour ensuite la vérifier. Le scientifique américain tente, lui, de partir d’un ensemble de données pour, à l’aide d’algorithmes, les assembler en un dessin cohérent expliquant le fonctionnement des cellules malades. Un projet sur lequel collaborent des spécialistes européens des maladies graves, et qui a obtenu la reconnaissance de nombreuses universités spécialisées dans ce domaine.

Un autre aspect mis en avant par les adeptes de la data-médecine est l’aide que les ordinateurs pourraient apporter aux médecins. L’entreprise américaine IBM a annoncé en 2012 que son super-ordinateur Watson serait capable d’analyser des diagnostics, mais aussi des documents audio et vidéo tels que des comptes rendus d’opération, puis de les comparer avec les symptômes et les antécédents des patients afin de fournir un appui aux médecins. Cette “médecine pertinente”, comme la nomment les spécialistes, est possible grâce à des algorithmes décisionnels capables de traiter des montagnes de données d’origine scientifique en rendant des hypothèses de soin aussi précises et crédibles que celles d’un professionnel de la santé. L’essai a été suffisamment probant pour IBM, qui a commercialisé Watson en 2013.

Une technologie qui inquiète

Un futur remplacement des hommes par les machines dans le domaine de la santé pourrait évidemment faire peur aux professionnels du secteur, mais les super-ordinateurs ne sont qu’un outil de plus dans la panoplie des médecins. Comme le relève Les Échos, le logiciel d’IBM est seulement spécialisé dans les cas de cancer du poumon, et n’est pas la première ressource de ses utilisateurs, qui se montrent frileux quand il s’agit de mettre la vie de leurs patients entre les mains d’un algorithme.

Le problème de l’éthique se situe sur un autre terrain : comment protéger les données des patients ? Et plus encore, comment les assurer que leurs données sont utilisées convenablement ? La récolte des données peut aussi tomber dans l’escarcelle de personnes moins bienveillantes que les médecins, qui pourraient être tentées de les utiliser à des fins commerciales : campagnes marketing, assurances… Nul ne souhaite qu’un assureur ait toutes les clés en mains pour négocier votre contrat d’assurance-vie.

Pour répondre à ces interrogations, la ministre de la Santé française Marisol Touraine a lancé en novembre dernier un groupe de réflexion sur la collecte des données médicales et à ses usages possibles. Des interrogations qui devront trouver leurs réponses en 2016 avec les conclusions du comité.


A propos Moran Kerinec

Fondateur du webzine Openbarmag.fr, étudiant en master Journalisme et médias numériques à Metz, rédacteur à obsweb.net et webullition.info.