Alerte push, déjà des stratégies éditoriales ?


Étude de Nathalie Pignard-Cheynel et Arnaud Mercier
(Obsweb, Université de Lorraine, Metz / CREM)

Pour les médias d’information, l’avènement du numérique représente depuis 20 ans, l’entrée dans l’ère de ce que Mark Deuze nomme une « nouvelle écologie des médias »  où les pratiques d’information impactent le modèle traditionnel des médias d’information (production et diffusion). On peut donc parler d’un « nouvel écosystème d’information », obligeant les médias à articuler la production, la formulation et la diffusion d’informations en fonction de divers supports (média d’origine, site web, réseaux socionumériques, smartphone, tablette…) et avec des temporalités nécessairement différentes, car les usages de consommation ne sont pas identiques.

De la révolution « web first » à celle « mobile first »

À peine absorbée la révolution « web first », la plupart des rédactions doivent donc déjà se confronter à une seconde révolution, celle du « mobile first » ou du « tablette first », comme a su le faire, avec succès, un quotidien québécois avec son appli tablette LaPresse+. De plus en plus de gens consultent les sites d’information depuis leur mobile, quand ils ne consomment pas leurs médias favoris sur une appli dédiée. Le trafic d’informations sur supports mobiles est en pleine explosion, cela change à nouveau la donne pour la façon dont les rédactions doivent penser la chaîne temporelle de la diffusion de l’information et l’organisation de sa production, comme nous l’avons exposé lors des Assises internationales du journalisme organisées le mois dernier à Metz.

Une étude réalisée début 2014 par Milward Brown dans 30 pays (et 12 000 personnes) montre que le temps passé devant l’écran d’un smartphone dépasse désormais le temps moyen pour la télévision (151 minutes/jour contre 147) ; et avec les 43 minutes/jour sur une tablette, les supports mobiles tendent à devenir dominants. Et même si la situation n’est pas généralisable à l’ensemble des pays, le cas des Etats-Unis est éloquent : 51% du temps consacré à une consommation numérique se fait sur supports mobiles plutôt que sur un ordinateur.

Smartphones et tablettes représentent en 2014 aux États-Unis, 23% du temps que les Américains consacrent aux médias leaders du marché de l’information (étude Comscore de juin 2013). Et ce chiffre est en constante augmentation, alors que le temps moyen passé sur les sites d’information leaders diminue, ainsi que le nombre de visiteurs uniques. Un mouvement de substitution est donc progressivement en train de se mettre en place. Néanmoins, la consommation d’information sur ordinateur reste dominante dans l’étude faite en février 2014 sur 26 médias leaders aux États-Unis. Sauf pour YahooNews.

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Par ailleurs, aucun de ces sites n’avait, mi-2013, atteint les plus de 50% de trafic provenant d’un support mobile. De plus, la moitié exactement des sites retenus ne développait pas encore d’appli mobile à ce moment-là.

En France, le basculement du côté de l’audience mobile est plus avancé pour certains médias. C’est le cas de l’Équipe(qui s’en louait dès octobre 2013), mais aussi d’Europe1, du Parisien ou 20 minutes. Et BFMTV ou Nice matin ne sont pas loin du point de bascule. Si l’on additionne, à partir des chiffres fournis par l’OJD, le nombre de visites sur les applis et sur les sites optimisés pour supports mobiles (responsive design ou spécifiquement dédiés au mobile) et qu’on compare leur trafic cumulé à celui des sites web traditionnels, on voit que pour certains médias il y a désormais plus de trafic sur les sites et supports mobiles que sur le site web (figure 1). Trois catégories de médias se dessinent en recombinant ainsi les données de trafic, et en prenant pour référence (base 100) le nombre de visites sur le site web.

1°- Les médias dont le trafic cumulé des visites sur applis ou sites optimisés mobile est déjà supérieur au trafic sur le site web (L’équipe 180 Le Parisien 120, 20minutes 106).

2°- Les médias où le trafic cumulé mobile atteint déjà l’équivalent de plus de la moitié du trafic des sites web (BFMTV 93, Le Point 78, France24 75, Le Monde 59, La Voix du Nord 55, Le Figaro 50).

3°- Enfin les autres médias pour qui, faute de sites optimisés et/ou d’applis tablettes, sont en-dessous des 50. Ce qui ne veut bien sûr pas dire qu’une partie de leur trafic sur site web ne provient pas de consultations sur mobiles, mais le phénomène n’est pas objectivable avec les données OJD.

figure 1

Chez les jeunes Français aussi, le smartphone est un vecteur de regain d’intérêt pour l’information : 47% des 15-24 ans qui en sont équipés l’utilisent régulièrement pour consulter l’actualité (données Médiamétrie, juillet 2014).

Fidèle à notre ligne de conduite depuis sa création, l’Observatoire du webjournalisme a donc voulu enquêter sur ces changements en cours, en commençant par étudier les alertes push d’une vingtaine d’applis mobiles, afin d’essayer de voir si se dégagent des stratégies éditoriales pour ces alertes. Il s’agit d’une étude pionnière, puisque nous n’avons trouvé aucune étude comparable ni en langue anglaise ni en langue française. Nos premiers résultats montrent que beaucoup de médias n’ont pas encore une vision très claire de ce qu’ils peuvent faire d’efficace avec ces alertes infos reçues par les mobinautes, alors que d’autres médias suivent des logiques déjà bien élaborées.

Précisions méthodologiques

Notre étude repose sur une collecte systématique, du 6 mai au 5 juin 2014, des alertes push de 24 applis mobiles de titres de presse recouvrant l’éventail de tous les supports médias. Il s’agissait de :

20 Minutes, Atlantico, BFM TV, Courrier international, Europe 1, France 24, France Info, France Inter, FranceTV Info (mais pas l’appli dédiée au sport), i>TELE, L’Equipe, L’Express, La Tribune, Le Figaro, Le Monde, Rue89, Le Parisien, Le Point, Libération, Marianne, Metronews, MyTF1news, Slate, Mediapart.

Notons de suite que 4 de ces applis n’ont généré sur la période analysée aucune alerte push : Rue89, Slate, Mediapart, et France Inter.

Les difficultés méthodologiques tiennent à l’évanescence des alertes push qui fait que les alertes qu’on ne sauvegarde pas au fur et à mesure risquent de disparaître au bout d’un moment, écrasées par les nouvelles qui arrivent. Ceci étant, nous avons globalement surmonté cet obstacle, puisqu’une comparaison entre notre archivage et les archives gracieusement données par BFMTV (l’appli la plus productive en alertes) laisse apparaître un très faible écart : il nous manque 3 alertes et nous avons reçu 2 alertes qui ne figurent pas dans leur relevé d’archives. Avec France info, nous avons aussi 2 alertes de plus que ce que leur fournisseur donne comme archives.

À partir de ces données, nous nous sommes livrés à une analyse statistique globale sur la totalité du corpus, avec une analyse plus affinée sur 15 jours (du 6 au 19 mai 2014). Nous sommes également en train de réaliser des entretiens avec les responsables ou rédacteurs en chef en charge des alertes push dans plusieurs médias, et nous en profitons pour remercier ceux qui nous ont déjà reçus ou qui ont accepté de le faire. L’intégralité de l’exploitation de toutes ces données fera l’objet de prochaines publications académiques, mais nous livrons ici quelques premiers résultats.

Notre questionnement

Plusieurs questions guident notre démarche :

  • Quels sont aujourd’hui les usages des alertes push par les principaux médias d’information en ligne (français) ?
  • Voit-on émerger des modèles, typologies d’usage et des formats spécifiques aux alertes push ou en est-on encore dans une phase balbutiante d’expérimentations, de tâtonnements ?
  • Des spécificités (thématiques, éditoriales, de format, etc.) se dégagent-elles pour certains médias ?
  • Quelle est la part d’information pure, de valorisation éditoriale et de marketing du site dans ces usages observés ?

Analyse détaillée de ces 2339 alertes push

D’un simple coup d’œil (figure 2) on voit que quelques médias ont pris très au sérieux l’alerte push pour leur dispositif d’information, BFMTV dépassant tout le monde d’une large tête, même si l’appli du Point se détache elle aussi un peu des concurrents, par un usage plus régulier et plus intensif des alertes. À l’inverse, on trouve des titres qui affichent faire des alertes et qui n’en font que très peu, sans qu’on puisse bien comprendre pourquoi. Notons aussi des grandes disparités entre des titres très similaires, qui pourraient donc suivre des logiques semblables : la chaîne d’information continue I-télé ne push quasiment pas alors que sa rivale domine cette activité, 20minutes est très en pointe alors que Metronews push 2,3 fois moins !

figure 2

Si on s’intéresse à la répartition horaire (figure 3), on constate qu’il ne se dégage pas avec évidence une tranche horaire qui dominerait toutes les autres (aucune tranche ne dépasse les 10% du total), même si la part d’alertes lancées en soirée est importante : ¼ des alertes sont lancées entre 18h et 21h, et même 1/3 si on y ajoute la tranche 17h-18h. Cela s’explique notamment par la présence des nombreux résultats sportifs en soirée. En fin d’après-midi, on trouve notamment des synthèses de l’actualité du jour ou l’annonce des parutions venant d’être mises en ligne. Deux autres pics se font jour, tôt le matin (avec notamment les annonces concernant les invités des matinales des médias, le verbatim de ces émissions, la synthèse éventuelle de ce qu’il s’est passé dans la nuit) et entre 12h et 13h, au moment de lancer l’alerte sur les premiers articles publiés et les infos des événements de la matinée.

figure 3

Une approche par rubrique journalistique (figure 4) montre que l’information internationale est bien traitée dans les alertes, même si une étude plus poussée (figure 5) montre que le fait divers et les faits de guerre et de terrorisme sont omniprésents dans cette rubrique.  Le sport arrive en second, avec une adéquation parfaite entre ce qui relève d’une information chiffrée, simple et efficace (un résultat sportif) et le style rédactionnel des alertes. Le football est évidemment le sport roi avec 281 alertes, mais seulement une cinquantaine concernait le mondial à venir. Puis vient la politique, ce qui s’explique à la fois par l’importance donnée aux interviews des personnalités politiques les plus en vues et par la présence dans notre corpus des élections européennes. On constate d’ailleurs que les résultats électoraux sont aussi un thème donnant lieu à alerte pour la rubrique étranger. Là aussi l’objectivité de la donnée chiffrée et son caractère apparemment autosuffisant (l’important après tout n’est-il pas d’abord de connaître le vainqueur ?) influencent sans doute la décision de lancer une alerte.

Notons aussi que si la culture est bien représentée ici avec 74 alertes, plus de la moitié concerne le festival de Cannes et notamment son palmarès, et qu’on ne retrouve pas une telle importance pour la culture ordinairement. Et si on élargit notre propos, en étudiant par exemple les plus de 600 alertes archivées de France info entre mi-janvier et fin juin 2014, on trouve moins d’une vingtaine d’alertes culturelles (annonce du palmarès des César, des Oscar, de Cannes, du festival de la BD d’Angoulême ; et le mouvement des intermittents du spectacle autour du festival d’Avignon et des risques d’annulation).

figure 4

figure 5

Plusieurs travaux académiques se sont attachés à étudier et mesurer le degré de suivisme des médias dans la production des informations d’actualité, notamment en ligne. Qu’en est-il pour les alertes push ? Voit-on poindre un fort suivisme des médias, tout le monde pushant globalement la même chose, ou au contraire les contenus pushés sont-ils très différents, chacun valorisant ses contenus propres ?  Les résultats apparaissent plutôt équilibrés entre les diverses perspectives (figure 6). Il existe bien sûr certains sujets (football, affaires, terrorisme, impôts) qui stimulent une même envie de pusher l’information dans les médias et concentrent un nombre important de médias sur un même sujet d’alerte, comme en témoigne ce tableau regroupant les informations traitées par plus de 10 médias dans les quinze premiers jours de notre corpus.

figure 6

Finalement l’ensemble des messages des quinze premiers jours de notre corpus se répartit en presque trois tiers égaux (figure 7) :

  • 319 messages (39%) sont des infos « pushées » par au moins 8 médias (un tiers de notre corpus)
  • 261 messages (32%) sont des infos « pushées » par 2 à 7 médias
  • 228 messages (28%) sont des infos uniques « pushées » par un seul média

Ainsi, le nombre d’informations multipubliées ne s’avère pas si étendu qu’attendu dénotant plutôt un effet de longue traîne avec 228 alertes n’ayant été traitées que par un seul média.

figure 7

4 types d’alertes

À l’issue de ce parcours systématique au milieu de centaines d’alertes push, nous proposons une première typologie en 4 usages.

On  trouve des alertes qu’on peut qualifier d’autopromotionnelles, que ce soit pour une valorisation éditoriale du contenu (ex. « selon notre enquête…. », ou encore « sur notre antenne/ site, X déclare que… »), ou une forme de marketing valorisant la marque et les services offerts par le média. L’enjeu est  le plus souvent (mais pas toujours) de générer du trafic sur le site (ex. « retrouvez notre direct ») seul lieu où cette audience mobile semble pouvoir un tant soit peu se monétiser. Le vocabulaire utilisé est alors composé de formules verbales incitatives : 8,5% de tous les messages contiennent un verbe finissant en « ez » (suivez, commentez, regardez, découvrez, retrouvez, etc.), les mots « direct » et/ou « live » sont quant à eux présents dans 10%  des cas.

L’autre partie importante concerne bien sûr le « breaking news » ou l’annonce d’une information qui émerge à l’instant et qui vient souvent de faire l’objet d’une dépêche des agences de presse comme l’AFP (on retrouve d’ailleurs des alertes dont les formulations sont étrangement semblables à un titre de dépêche AFP).

Nous trouvons aussi, de façon plus minoritaire, des synthèses d’informations, sous forme de  récapitulatif des faits importants ou des vidéos marquantes de la journée ou du week-end, parfois sur un mode plus décalé (des insolites).

Enfin, on voit poindre dans notre corpus, un usage plus innovant, consistant à couvrir un événement par étapes en plusieurs messages d’alerte, ce que nous proposons d’appeler un « mobi-live ».

Revenons sur chaque cas de figure, plus en détail.

19,2% des alertes pour la période 6 mai – 5 juin 2014 sont assimilables à de l’auto-promotion. Cette part d’alertes est plus forte pour certains sites : Metronews (47,3%), Europe 1 (38,7%), MyTF1news (33,7%), 20 Minutes (30,6%), BFM TV (30%), RTL (27,4%). Encore faut-il distinguer entre la valorisation éditoriale et le marketing média.

En ce qui concerne la valorisation éditoriale, beaucoup d’alertes renvoient au site ou à l’antenne : soit à un article (souvent présenté comme une « exclusivité »), soit à un direct. L’alerte push fonctionne alors comme un « rabatteur » pour le site, avec une incitation à cliquer sur l’alerte (« participez ici », « retrouvez là », etc.).

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L’auto-promotion marketing est minoritaire dans notre corpus, mais présente quand même. La promotion du média (hors actualité) se fait sur les services offerts.

–          20 Minutes, 07/05/2014 04:00 : 20 Minutes – Le journal. Lire chaque soir le journal du lendemain, c’est désormais possible

–          Europe 1, 07/05/2014 07:32 : JOURNEE SPECIALE IMPOTS. Jusqu’à 18h Europe 1 vous aide à remplir votre déclaration. Vos questions au 3921 (34 cts/min)

Il peut s’agir également de promouvoir les personnalités travaillant pour le média.

–          Europe 1, 12/05/2014 08:00 : OFFICIEL. Cyril Hanouna et sa bande animeront les après-midi d’Europe 1 dès septembre

–          Le Point, 13/05/2014 15:28   : Mondial 2014. Eugène Saccamano rejoint Le Point.fr pour une émission quotidienne pendant la Coupe  du monde

Pour les breaking news, la plupart du temps ce sont des alertes sans lien à cliquer (ou pointant sur la page d’accueil de l’application et non vers un article spécifique), dont le contenu est  calqué sur les titres des dépêches AFP, souvent précédé de « ALERTE », « DERNIERE MINUTE » ou d’une formule équivalente. On fait face à des alertes à la « Snapchat »,  une alerte en chassant une autre, sans hiérarchie particulière.

–          BFM TV, 06/05/2014 09:46 : Alerte info. Hérault: le deuxième enfant enseveli à Ceyras est mort

–          Le Point, 06/05/2014 11:02 : L’OCDE ne prévoit pas de baisse du chômage en France avant « fin 2015 ».

Avec tous les risques inhérents à ce type d’exercice où une alerte peut partir trop vite et être contredite par la suivante, les deux cohabitant malencontreusement.

l'equipe erreur Pistorius

On constate dans ce cadre, un suivi assez lâche dans la couverture des événements, comme on le voit dans l’exemple ci-dessous, où un média nous annonce le début d’un fait et un autre évoque sa fin, sans qu’aucun des deux n’ait couvert par alerte, l’incipit et sa conclusion.

–          NouvelObs, 13/05/2014 10:22 : Clermont-Ferrand : un an après la disparition de Fiona, les recherches pour retrouver le corps reprennent

–          Le Point, 13/05/2014 18:07 : Alerte. Fin des recherches à Clermont-Ferrand pour retrouver la petite Fiona, le corps introuvable

Autre exemple, plusieurs médias ont pushé  l’annonce d’une libération sans avoir lancé une alerte préalable sur la séquestration

–          L’Express, 30/05/2014 14:21 : Rodez: la Confédération paysanne laisse partir le conseiller de Hollande, après l’avoir retenu

Et l’on voit aussi les journalistes se disputer l’exclusivité d’une information ou d’une alerte, comme ici avec le rédacteur en chef adjoint de FranceInfo.fr :

destracque rtl france info

Concernant le dispositif que nous nommons « Mobi-live », il s’agit du suivi d’un événement dans sa durée. Seule BFMTV (et donc RMC qui pushent les mêmes alertes) s’est livré à cet exercice dans la période étudiée. Ainsi, le 6 mai 2014 : F. Hollande est l’invité de BFMTV et RMC, ce qui donne lieu à une séquence  de 10 alertes en un peu plus d’une heure trente :

07:54 : François Hollande. De 8h30 à 9h30, le Président sera face à Jean-Jacques Bourdin, en direct sur BFMTV et RMC

07:54 : Hollande invité à 8h30 de BFMTV et RMC. Posez vos questions ici

08:29 : Hollande invité exceptionnel. EN DIRECT – Suivez l’interview du Président sur BFMTV et RMC

08:39 : EN DIRECT – François Hollande. « Le travail doit être encouragé », a affirmé le Président sur BFMTV et RMC.

08:51 : EN DIRECT – François Hollande. « Je n’ai jamais été dans la vulgarité », a assuré le Président sur BFMTV et RMC

08:52 : EN DIRECT – François Hollande. « On va aller plus vite, le pays ne peut plus attendre », a affirmé le Président sur BFMTV et RMC.

08:58 : EN DIRECT – François Hollande. Sur Alstom, « l’offre de General electric n’est pas suffisante », a estimé le Président sur BFMTV e…

09:07 : Hollande en direct sur BFMTV / RMC. Le Président favorable à un report des élections régionales en 2016…

09:23 : EN DIRECT – François Hollande. « Nous allons développer l’apprentissage, le rendre encore plus attractif », a affirmé le Président sur BFMTV et RMC

09:36 : EN DIRECT – François Hollande. « Bien sûr, j’ai des regrets sur ces deux premières années », a affirmé le Président sur BFMTV et RMC

Enfin, la synthèse d’information est introduite de diverses façons, en fonction de l’inventivité des médias, mais suit toujours une même logique : faire rapidement le tour de l’actualité en quelques minutes.

–          20 Minutes  multiplie ces formats, sous forme de « Rattrapage de l’actu du week-end », des « Cinq infos dans le rétro du week-end », ou encore des « immanquables du jour » voire le plus étonnant « Pour briller à la machine à café »

–          Metronews  propose un « MetroZapp »

–          BFM TV  invite à regarder « 24h en video » et « l’essentiel du w-e ».

–          MyTF1news se veut synthétique avec son « Vite lu, bien vu : les cinq infos du week-end en vidéo (ou en 4 minutes)  »

3 pistes de réflexion pour l’avenir des alertes push

Cette étude sur les alertes push et les premiers témoignages recueillis (d’autres sont à venir pour prolonger notre étude) nous conduisent à proposer trois pistes de réflexion.

1°- La technologie short messages service et ses premiers usages pour l’information, couplés à des applications, date de la fin des années 2000, selon la chronologie établie par le chercheur Oscar Westlund. Aussi, en sommes-nous encore dans certains médias aux balbutiements des alertes push. Et l’on constate que les utilisations sont encore loin d’être stabilisées. En cherchant à repérer des stratégies éditoriales, on est le plus souvent surpris, car il ne se dessine pas toujours une stratégie claire. On observe dans beaucoup de médias français plus d’irrégularités que de régularités correspondant à l’application d’une charte ou d’une ligne éditoriale. On a le sentiment que cela correspond dans beaucoup de rédactions à des pratiques encore peu normées et stabilisées : amplitude de publication très irrégulière (de plus de 10 par jour à quasiment aucune) ; thématique des alertes pas toujours en phase avec l’orientation du média; sujets ou formulations qui ne donnent pas toujours la sensation que le dispositif est bien contrôlé, erreurs techniques ou éditoriales, journalistes en charge de l’exercice semblant un peu livrés à leur subjectivité, voire se laissant aller à leurs passions (ce qui pourrait par exemple expliquer la prédominance des résultats sportifs).

Chez certains médias, on retrouve un modèle d’utilisation qui se dessine, voire plusieurs au sein du même média. On constate aussi que ces modèles ne sont ni stabilisés ni unanimement partagés. Ils existent en parallèle les uns des autres, et sont lancés comme autant de voies à explorer qui aboutiront sans doute un jour à des utilisations édictées et communément partagées.

2°- Ces flottements sont ressentis par les destinataires, qui en viennent à se plaindre, notamment sur leurs réseaux socionumériques. On voit quelques internautes publier des captures écran des messages reçus pour les commenter, avec ironie ou irritation.

Les mobinautes critiquent la pertinence du sujet et de l’alerte.

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La formulation laconique du message d’alerte laisse aussi pantois, car bien des messages n’ouvrent sur aucun article ou aucune brève explicitant le propos de l’alerte.

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Les retards et problèmes techniques sont aussi raillés, soulignant d’ailleurs que la technologie n’est pas encore totalement au point. Notons toutefois que la compréhension du fonctionnement de l’alerte reste lui aussi opaque. Il faut par exemple savoir que les opérateurs téléphoniques n’ont aucune prise sur l’envoi des alertes mais que ce sont les fabricants des systèmes d’exploitation (essentiellement Apple pour IOS et Google pour Androïd) qui gèrent l’envoi des alertes par paquets. Et le temps mis pour recevoir une notification dépend de son ordre d’inscription dans l’application. Aussi les journalistes et leur direction sont-ils souvent les premiers à recevoir leurs propres alertes car ils sont aussi les premiers inscrits à leur appli. Il est apparu lors de nos entretiens que les rédactions n’avaient pas toujours bien conscience de ces décalages temporels dans l’envoi et la réception des alertes qui les conduisent parfois à se « penser premier » sur une alerte (l’observation des concurrents était une pratique courante aussi pour les alertes push) alors que pour l’usager final, la réception des alertes de différents médias sur un même événement peut se faire dans un tout autre ordre, en raison des conditions techniques de son acheminement.

Les problèmes techniques rencontrés sont de divers ordres, allant du retard au déclenchement ou à la réception (en fonction de l’usage et de la zone de couverture de l’abonné).

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Jusqu’à des messages tronqués ou illisibles :

push alert morse

Certains protestent contre le caractère intrusif de l’alerte quand elle est envoyée trop tôt le matin ou dans la nuit. 

push alert wake up

D’ailleurs BFMTV interdit dans sa charte de création d’alertes push de lancer une notification trop tôt ou trop tard : « on ne push pas avant 7h30 (9 heures le week-end) et après 22h30/23h, sauf grosse actualité et match de foot important ».

 

3°- On trouve trace dans notre corpus de messages qui peuvent susciter de la perplexité par rapport aux codes professionnels ou aux règles déontologiques. On a ainsi une alerte de Metronews qui assume de nous envoyer des rumeurs :

IPHONE 6
Le smartphone d’Apple sortirait cet été. Découvrez toutes les dernières rumeurs.

(09/05/2014, 18:16)

 Le Figaro n’est pas en reste, avec cette alerte du 14 mai, véhiculant une rumeur qui est correspond à une instrumentalisation politique, contre la supposée « théorie du genre imposée à l’école ».

L’académie de Nantes demande aux garçons de se mettre en jupe vendredi
pour lutter contre les discriminations

(14/05/2014  11:41)

Ou encore Le Point, qui le 23 mai (16:44) annonce sans autres détails que :

Info Le Point.fr
Alain Finkielkraut est reçu en ce moment par François Hollande à l’Elysée

RTL publie un message très général, dont il est difficile de cerner les acteurs concernés et l’utilité de l’alerte aussi vaguement formulée :

INFO RTL – L’abandon de l’écotaxe serait « désastreux », selon les députés

(13/05/2014  15:00)

Même remarque pour Ouest France, dont le message très laconique laisse perplexe sur l’incitation donnée à le lire, en dépit du jeu de mot en clin d’œil :

Ophtalmos. Changement en vue !

(15/05/2014  18:17)

Que ce soit au niveau de la pertinence informationnelle, des règles de déontologie journalistique ou de l’efficacité du propos, on voit qu’il y a encore sans doute des points à améliorer, que toute la rigueur requise n’est pas encore mobilisée en permanence.

Conclusions

La question que nous nous posons donc après cette enquête comparative pionnière (et que les médias ne se posent peut-être pas encore assez) est celle de l’insertion des alertes push dans le dispositif global de production et de valorisation des contenus d’informations (média mère, site, Facebook, Twitter, newsletter…). L’alerte push peut-elle n’être qu’un rabatteur d’audience ? Ou au contraire, doit-elle être un outil d’apport d’informations brutes sans aucun lien vers l’appli, juste pour entretenir la valeur de la marque, rappeler plusieurs fois par jour que le média existe, qu’il produit de l’information, en escomptant que le mobinaute finira par aller de lui-même vers l’appli ou vers le site mobile ? La gestion des alertes est encore à prendre en charge dans de nombreuses rédactions afin d’en professionnaliser et en codifier la manipulation.

Reste que des études sont aussi à conduire du côté des usagers pour comprendre ce que chacun en fait. On sait déjà qu’un nombre très faible d’abonnés cliquent sur le lien contenu dans une alerte mais que ceux qui le font représentent jusqu’à 30% des pages vues sur une appli. La consommation en mobilité étant en plein essor, ces chiffres sont fatalement amenés à croître et poseront très vite aux rédactions l’obligation de réfléchir de façon plus stratégique à ce qu’elles font avec ces alertes.

Si l’info est désormais au fond de nos poches, sa valorisation par les  rédactions est au fond de leur push !


A propos Obsweb

Le programme de recherche OBSWEB - Observatoire du webjournalisme (CREM - Université de Metz) étudie les transformations en cours au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et de l'écriture multimédia.