Journalistes : se former, à l’école et après


Lors des Entretiens du webjournalisme, Anne-Lise Bouyer, chef de projet à Journalism ++ et Julien Kostrèche, cofondateur de Ouest Medialab, sont revenus sur des projets de formation. D’un côté comme de l’autre, le mot d’ordre est le même : la collaboration.

 

JQuest, « Collaborative, transfrontalière, à destination des étudiants »

Travailler avec des données structurées, après les avoir collectées, analysées, nettoyées et visualisées. L’essence même du datajournalisme, le job quotidien des trois fondateurs de l’agence de journalisme de données Journalism ++.
Pour Anne-Lise Bouyer, chef de projet, une dimension est primordiale dans les projets qu’elle développe : la collaboration. Elle a par exemple permis au Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ) de révéler le scandale des Panama Papers. La collaboration a également permis à Journalism ++ de réaliser le projet Migrant Files, lauréat de l’European Press Prize et du Datajournalism Award. Avec JQuest, l’agence va encore un peu plus loin.

« Collaborative, transfrontalière, à destination des étudiants. » C’est par ces mots qu’Anne-Lise Bouyer décrit JQuest. À l’origine de cette plateforme, il y a une enquête et une question de base : nos représentants élus sont-ils représentatifs ? Pour y répondre, JQuest récolte plusieurs données relatives à ces élus : âge, genre, profession, lieu de naissance. Vous l’aurez compris, ces informations ne tombent pas du ciel. La moisson est effectuée par des étudiants en journalisme, qui effectuent des recherches. JQuest est donc une communauté, où on pose des questions, partage des liens, des connaissances.

Mais derrière tout cela se cache le sens principal de JQuest : apprendre le datajournalisme. « Sous forme de jeu, les étudiants comprennent comment sont collectées les données », explique Anne-Lise Bouyer, avant d’ajouter qu’« à force de collaborer, les utilisateurs de la plateforme intègrent de nouvelles informations. » C’est le principe du learning by doing.

En six mois d’existence, JQuest c’est 318 étudiants, de 14 écoles, dans 9 pays. Près de 713 heures de travail, 40 000 points de données et une base qui recense près de 23 000 élus. La plateforme peut aujourd’hui se tourner vers le futur. Et vers de nouveaux objectifs : lever les barrières sur l’hésitation des étudiants à utiliser les données qu’ils ont récoltées, renforcer le travail collaboratif transfrontalier… et ajouter un tableau de bord permettant aux enseignants de mieux suivre leurs étudiants.

Ouest Médialab : accompagner dans la transition numérique

« Une grappe qui regroupe des acteurs de la filière média. Autant l’information que la communication. » C’est de cette manière que Julien Kostrèche définit Ouest Médialab, un cluster dont il est le cofondateur et directeur.

Né il y a cinq ans à Nantes, Ouest Médialab s’adresse au public ligérien et breton et a fait le pari de l’intelligence collective. « Mobiliser l’écosystème, créer des projets communs entre les médias et des métiers de l’informatique et du design. » Aujourd’hui, Ouest Médialab rassemble plus de 120 adhérents. Ils peuvent être journalistes, motion designers, développeurs, graphistes… Leur objectif est de faire émerger des projets numériques innovants.

Le Hyblab en est l’exemple parfait. « Ce sont des hackathons, pour faire collaborer ensemble des journalistes, des développeurs et des étudiants », explique Julien Kostrèche. 4 jours d’atelier, 4 écoles impliquées, 140 participants (100 étudiants et 40 professionnels), 13 projets de datajournalisme, 13 équipes pluridisciplinaires, 14 médias partenaires. Voilà pour les chiffres du Hyblab. La finalité est d’aboutir à un projet interactif au contenu innovant.

Autre type de formation proposée par Ouest Médialab : Storycode. Le but est de rassembler les gens intéressés par les nouvelles écritures. Lors de simples rencontres où les participants présentent leurs projets, ou lors d’ateliers au cours desquels les réalisateurs, développeurs, ou créateurs démarrent ensemble des projets.

Suite à des retours d’expérience, Ouest Médialab a également décidé de proposer une formation moins longue que le Hyblab : le Médialab SpeedTraining. Le principe est simple : 30 intervenants répartis dans 3 salles présentent des logiciels durant 30 minutes. Chacun partage son expérience, les logiciels qu’il maîtrise. Une formation très intense, mais qui a l’avantage d’être moins contraignante pour les personnes qui souhaitent y assister, contrairement au Hyblab qui se déroule sur quatre jours. Cette collaboration, cet échange de connaissances, nous le retrouvons également sur le site de Ouest Médialab. Une offre de formation est proposée par les adhérents, pour les adhérents. Au programme : vidéos interactives, chatbots…

Lorsqu’on demande à Anne-Lise Bouyer et Julien Kostrèche quelles difficultés ils ont rencontrées durant ces formations, leur réponse est identique : « Trouver un langage commun entre les journalistes, développeurs, graphistes. Au départ, il y a un grand problème de communication. »