Les rédactions, espaces de partage et collaboration


Quelles collaboration dans les rédactions pour diffuser la culture et le savoir-faire aujourd’hui ? Une question à laquelle Nicolas Becquet et Jean Abbiateci, journalistes, ont répondu lors de la dernière table ronde des Entretiens du webjournalisme 2017, animée par Raphaël Poughon.

« Une question complexe mais finalement assez simple », résume Nicolas Becquet, journaliste et manager des supports numériques de L’Echo, en entamant le sujet de la collaboration des métiers et cultures au sein de la rédaction du quotidien économique belge. Pour ce média principalement print, Becquet essaie de développer une approche multimédia. Au service de la rédaction de L’Echo et de celle de De Tijd, son pendant néerlandophone, un pool multimédia d’une dizaine de personnes : journalistes, développeur, information architect, chefs de projets…  mais pas de budget particulier dédié aux innovations numériques. La seule ressource cruciale qui importe, selon lui, est le temps.

D’après le journaliste, le contexte est très important, car la mise en place de ce genre de projets varie d’un média à l’autre. Pour L’Echo, un média aux trois flux – print, web, multimédia – des frictions surgissent. Les enjeux principaux qui pointent le bout de leur nez sont notamment l’allocation du temps et des moyens, ainsi que la volonté de la rédaction en chef à donner (ou pas) force et légitimé au projet au sein de ce qu’il appelle « la fabrique de l’info ». Comment dépasser les frictions ? C’est le contenu qui fédère !

Nicolas Becquet

« Mi homme-orchestre et mi Bouddha »

Au sein de L’Echo, l’objectif est d’adapter le contenant au contenu. Les journalistes doivent passer le plus de temps possible sur leurs matières, tandis que le chef de projet organise et joue le rôle de tampon. Un projet web prend un tiers de plus pour le journaliste (plus long que la production en flux, et le bâtonnage des dépêches) afin d’investir sur le long terme. Nicolas Becquet cite deux exemples de formats innovants, réalisés par des journalistes de L’Echo. « Charleroi, c’est un peu comme Los Angeles », une promenade sonore et interactive dans le futur Charleroi en 360 degrés. Ainsi que « Acheter Wallon, on a essayé », une BD à base de photos prises à l’iPhone et adaptée dans un format responsive, où la collaboration a été faite avec le service print pour l’aspect graphique.

Fort de ces expériences, Nicolas Becquet démonte quelques mythes et légendes de la réalisation web.

Nous retenons alors qu’à la réalisation de formats innovants pour le web, diverses compétences se rejoignent : celles du journaliste, du développeur et du chef de projet. Nicolas Becquet compare ce dernier à un « mi homme-orchestre et mi Bouddha ». La polyvalence est bien sûre nécessaire, ainsi que la connaissance parfaite du fonctionnement de son média, des enjeux stratégiques, des personnalités de chacun, la structure de l’audience. Mais pas seulement. Le compromis, la résilience, la créativité et la résistance à la pression, malgré les contraintes, bref la sagesse du Bouddha, sont tout aussi importantes pour mener le projet à bien.

Letemps.ch : couteau suisse sur le web

Après un tour d’horizon en Belgique, passons à la Suisse avec Jean Abbiateci, rédacteur en chef adjoint au numérique du Temps.ch.

Jean Abbiateci

« Comment innover quand on n’est pas le New York Times ? », se demande-t-il. Sa première leçon est donc de ne surtout pas s’inspirer du New York Times car le contexte et les effectifs du média ne le permettent pas. Jean Abbiateci recommande donc de respecter l’identité éditoriale de chaque média afin de faire des choix.

Une boîte à outils au service du web

L’idée brillante du Temps n’est pas la création de projets multimédia, mais plutôt la construction des outils pour les fabriquer. Une toolbox est donc mise en place et contient des templates pour réaliser des longs formats, à l’exemple de « Fioul lourd » ou des  « Enfants de Tchernobyl ». Ainsi que des outils pour l’édition photographique et d’autres afin de simplifier la production des projets multimédia.

« Nous sommes les plombiers des contenus d’Internet », estime Jean Abbiateci en insistant sur l’importance du partage des outils et la façon de travailler. Le Temps, par exemple, partage du code en open source sur Github, ainsi que ses archives. Le bac à sable, blog making-of du Temps, vient à son tour partager la façon de travailler du média en racontant les expériences des journalistes et les coulisses.

Pour finir, Jean Abbiateci confirme que le média ne peut pas vivre tout seul, sans collaboration avec des écoles et universités car selon lui, « l’innovation naît aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de la rédaction ».