En pleine forme


Cet article fait partie du dossier « Dans dix ans ? Les dystopies du MJMN »

(S’)informer dans dix ans. Les quotidiens dans dix ans ? Et La télévision ? Le statut des journalistes ? Les hebdos ? Tout y passe, ou presque. Pourtant, dix ans, c’est encore loin…

Sur les bancs de l’école, on oscille entre rêves et réalité. Les rêves, c’est l’idée d’une information indépendante, libre, impartiale et si objective. Un métier qui garantit le fonctionnement des rouages qui font notre démocratie, ce quatrième pouvoir, le blablabla et tout ce qui s’en suit. Sur le papier et dans nos têtes, c’est le plus beau métier possible. Courir le monde, pousser les portes entrebâillées, ouvrir sur d’autres horizons. La réalité, c’est pourtant la douche froide. Glacée. La réalité, ce sont des piges à vingt-trois balles. Des journées de dix heures payées au lance-pierres. Des publireportages, finances limitées oblige. Des étudiants en journalisme prêts à accepter des stages de-deux-mois-pas-plus-sinon-on-doit-vous-payer-et-on-veut-pas. Alors oui, ça fait déjà un moment que ça dure. Et dans dix ans, ce sera surement pareil.

Que dire de plus sur l’avenir du journalisme maintes fois décortiqué par le plumitif de base ? Sur quoi mettre l’accent ? Sur qui ? D’ailleurs, à la vitesse folle où notre monde évolue, pourquoi zapper une décennie ? Car dès demain, il faudra continuer de bûcher. D’informer. De s’informer. De se poser des questions. Dix ans, c’est long. Et c’est loin. Très loin.

S’enquérir

On pose quand même cette question là, l’air de rien. Et si la forme changeait le fond ? Des années que le plumitif virevolte de format en format pour satisfaire les quidams. Avec une même idée en tête : faire toujours plus court. Tabloïd ? Faudra écrire plus concis. Sur Internet ? Même rengaine. Sur les réseaux sociaux ? Moins de 140 signes, avec les hashtags. Une vidéo ? Après deux minutes, les gens lâchent. Et on nous dit que la forme ne changerait pas le fond ?

Les mauvais élèves sont nombreux. Les dérives se sont enchaînées. Elles se sont accumulées. Et forment un énorme tas presque impossible a bouger. Le journalisme est embourbé. Certains aperçoivent en Les Jours, Mediapart et les petits nouveaux d’Explicite – pour ne citer qu’eux – une porte se sortie. Un moyen de se sortir de ce merdier. Ces acteurs-là, pourtant, ils ne font ni plus ni moins que leur taf. Celui de déranger. D’enquêter. De respecter les grands principes déontologiques (trop) souvent relégués au second plan.

Il faut donc cesser de s’autocélébrer. De se regarder parler, de se lire écrire. Si ce métier est vilipendé de toutes parts – outre les bourdes, les lignes éditoriales douteuses et les soi-disants éditorialistes qui font la pluie et le beau temps sur les plateaux de télévision -, c’est surtout parce qu’il dérange comme il a toujours dérangé. Parce qu’il mène l’enquête, là où personne ne se risque. Peu importe la forme.