Réalité virtuelle : le reportage dont vous êtes le héros


Cet article fait partie du dossier « Dans dix ans ? Les dystopies du MJMN »

L’immersion sensorielle totale du lecteur : c’est le pari du journalisme dit « expérientiel ». En utilisant les technologies de la réalité virtuelle, il met le lecteur dans la peau du journaliste. Alors, avenir radieux ou gadget éphémère ?

Imaginons le journalisme du futur. Le lecteur n’est plus un lecteur, mais un spectateur. Au lieu de lire un reportage sur les pages de son journal préféré, il chausse ses lunettes de réalité virtuelle pour le vivre en 360 degrés. La guerre de l’eau ? En route pour l’Asie où se déroulent les conflits pour l’or bleu. La découverte d’un traitement contre Alzheimer ? Découvrez les coulisses de la procédure expérimentale comme si vous y étiez.

Les casques de réalité virtuelle coûtent encore très cher. Mais leur technologie est vouée à se développer dans les années à venir. Les prix baissant, il ne sera bientôt plus rare d’en avoir un dans la poche. En extrapolant un peu, il est facile d’imaginer que la réalité virtuelle prendra bientôt une place importante dans nos quotidiens. Et si elle constituait le futur du journalisme ?

La réalité virtuelle en est encore à ses débuts. Certes, de nombreuses marques ont sorti leurs lunettes, et les productions –films, documentaires, reportages et autres vidéos– commencent à se développer. Mais la technologie ne se développe pas encore à l’aune de son potentiel.

Les Teleyeglasses d’Hugo Gernsback, prototype des lunettes de réalité virtuelle en 1963.

Car du potentiel, il y en a. Renverser les codes du journalisme pour favoriser l’immersion du lecteur devenu spectateur et le plonger dans un univers riche, voilà ce que la réalité virtuelle se propose d’offrir. Le journalisme expérientiel n’est pas fondamentalement nouveau : le journalisme narratif en est le précurseur. Dans la liste de leurs points communs : un désir de raconter une histoire, de mettre en avant l’émotion et de faire du journalisme une expérience pour le lecteur. Un point que la nouvelle forme journalistique permise par la réalité virtuelle exploite au maximum, grâce aux nouvelles technologies.

Un meilleur journalisme ?

Informer, voilà la mission numéro un du journaliste. Comment ? En expliquant, analysant, critiquant. Mais vivre un reportage, est-ce réellement le comprendre ? En se mettant dans la peau du journaliste, le lecteur se voit parachuté dans un autre monde sans accompagnement. Vivre un petit bout de guerre, ce n’est pas comprendre ses tenants et aboutissants.

Longtemps fantasmée comme œuvre de science-fiction, il semble aujourd’hui que la réalité virtuelle soit sans doute présente dans un futur proche. Le temps est donc venu de se poser les bonnes questions. Comment va-t-elle influencer notre consommation de l’information ? Que devient le rôle du journaliste ? La réalité virtuelle va t-elle supplanter les autres formes journalistiques, comme certains l’annoncent déjà ? Probablement pas. Les possibilités qu’elle laisse entrevoir sont excitantes : entrez ici dans la tête d’un schizophrène pour mieux en comprendre les symptômes, ou pénétrez dans les frontières ultra fermées de la Corée du Nord avec ce reportage de la chaîne américaine ABC. Si elle reste une formidable outil pour créer une forte empathie avec les lecteurs/spectateurs, cette approche de l’information n’est pas forcément adaptée à tous les sujets. Elle va s’ajouter et compléter les plus anciennes, mais sans les faire disparaître. Comme cela s’est déjà vu de nombreuses fois dans l’histoire du journalisme.