Fact-checking : démonter l’intox


« Reprendre la main face aux politiques ». Voilà le rôle du fact-checking selon Laurent Bigot, de l’Institut Français de Presse. À l’occasion de cette 10e édition des Assises du journalisme et de l’information, lui et ses confrères nous parlent des enjeux du fact-checking, à l’heure où l’information est plus accessible que jamais.

Le travail de vérification des sources n’est pas apparu avec les fake-news de Donald Trump : il fait partie de l’essence même de la déontologie journalistique, tout comme les informations biaisées ont toujours existé. En 1835 déjà, le New York Sun publiait ce que l’on appelle aujourd’hui le « Great Moon Hoax » : une série d’articles affirmant la présence d’une vie extraterrestre sur la lune.

« Écouter le discours politique »

Aujourd’hui, le travail des journalistes dédiés au fact-checking se concentre particulièrement sur la parole politique, qui représente 90% de ce type de production. Mais comment pratique-t-on le fact-checking ? Pour Pauline Moullot, journaliste de la rubrique Désintox de Libération, « l’essentiel de notre travail, c’est d’écouter le discours politique ; toutes les matinales, les émissions du dimanche, les 20h et les meetings ». Travailler sur la vérification des faits, c’est débusquer les erreurs du discours politique. Un sujet est donc digne d’intérêt si l’erreur en question en dit plus que le discours global.

Pauline Moullot, journaliste LibéDésintox. Photo Cassandre Jalliffier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A entendre les conférenciers, les relations entre journalistes de fact-checking et politiques ressemblent à une bataille rangée. Laurent Bigot, de l’Institut Français de Presse, aborde les stratégies utilisées par les politiques pour couvrir leurs arrières médiatiques. « Les politiques s’arrangent souvent pour ne pas donner le flanc », dit-il. Leur prudence modifie la structure même de leur propos, par le biais de tournures de phrase particulières. Il s’agit, par exemple, de « ne jamais donner de dates, ou d’échéances précises ». « Évoquer sans affirmer, parler sans « factualité. »

Démonter les idées reçues

« Les propos de Marine le Pen sur l’attribution de logements sociaux aux étrangers sont faux ; ce qui est grave, c’est d’affirmer ça plusieurs fois. C’est mettre dans le débat public l’idée reçue qui existe déjà, comme quoi les étrangers ont des avantages par rapport aux français. Et ça c’est très grave. » Selon Pauline Moullot, le fact-checking est souvent caricaturé : Alain Juppé avait, en automne dernier, raillé le travail des journalistes en affirmant que leurs corrections ne concernaient que de minimes histoires de pourcentages.

Tout outil, si pratique soit-il, a ses limites. Laurent Bigot n’omet pas de rappeler quelles sont celles du fact-checking : notamment le fait que, souvent, ce genre de pratique a tendance à « ne prêcher que des convaincus ». En témoignent des graphiques créés par Jason Reifler, de l’Université d’Exeter, qui démontrent qu’au cours de la campagne présidentielle américaine, les articles de fact-checking corrigeant les vérités alternatives de Donald Trump étaient en majorité consultés par un lectorat démocrate. Dommage, lorsque l’on sait que l’objectif premier de cette pratique est de corriger les erreurs faites par les politiques, volontairement ou non, afin de les diffuser à tous.


Quelques rubriques de fact-checking pour vérifier l’information

Kevin Bressan & Jean Vayssieres